
Comment le son nous aide-t-il à comprendre la nature ?
Dans cet épisode, je reçois Thibault Noirot - alias La science musicale - un jeune passionné qui touche à tout ce qui tourne autour du son (et de la nature). Et nous vous convions à une discussion qui mêle des connaissances scientifiques sur le son et le monde vivant, et le parcours unique de Thibault.
De la définition du son en passant par les sons de nature et la définition de l’audio naturalisme, jusqu’à la clarinette et les nombreux projets de Thibault, c’est un épisode vivant, passionné, inspirant, aux nombreuses références qui ravira les curieux.
Vous entendrez parler de :
géophonie biophonie ondes sonores oreilles vibrations ouïe sons de nature musique olivier messiaen cosmo sheldrake chassol bernie krause pierre schaeffer murray schafer marc namblard fernand deroussen lucio arese linotte mélodieuse audio naturalisme field recording bioacoustique animaux et nature parcours de vie atypique comprendre le vivant comprendre les animaux
(Episode enregistré fin 2025)
💭 À écouter si vous aimez le son, la création musicale, le monde vivant
Chapitres :
01:22 Introduction et présentation de Thibault
04:09 Déclic qui a orienté Thibault vers la captation naturaliste
07:34 Qu’est-ce que le son ?
14:08 Pourquoi avons-nous des oreilles ?
16:26 Quelles autres espèces ont une ouïe plus « fine » que la nôtre ?
22:05 Les êtres vivants dotés d’oreilles sont-ils les seuls à capter le son ?
27:14 L'écoute des écosystèmes : bioacoustique, écoacoustique, audio naturalisme...
38:34 Pourquoi sommes-nous si sensibles au son ?
50:08 Qu'est-ce qui différencie une succession de sons de la musique ?
53:17 Pouvons-nous dire que des êtres vivants autres que les humains produisent de la musique ?
01:00:18 Comment Thibault marie la musique aux sons de nature
01:07:48 Les enseignements que Thibault retire de son écoute sensible du vivant
01:13:03 Si tu étais... un cri d'animal, un son géophonique, un chant d'oiseau, un instrument de musique
01:21:21 Parcours de Thibault, événements marquants, transdisciplinarité
01:26:31 Des mentors ou seul à tracer sa route ?
01:29:13 Ce qui le passionne le plus dans son approche
01:36:36 Son conseil final pour ceux qui veulent tracer leur propre voie
01:39:11 En quoi trouve-t-il notre existence Phénoménale ?
01:41:19 Où retrouver Thibault : ses projets, réseaux, site
Retrouver Thibault :
Instagram La Science musicale (sons de nature) : https://www.instagram.com/lasciencemusicale/
Instagram Eko Thib (photos de nature) : https://www.instagram.com/eko_thib/
Son site web : https://thibaultnoirot.com
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/thibault-noirot-094041177/
Projet MORPHOSIS : https://www.hal-audio.com/product/morphosis/
🔔 Abonnez-vous pour ne rater aucun nouvel épisode
📩 Partagez cet épisode avec ceux qui veulent explorer le monde vivant
Episodes en lien :
[VOYAGES SONORES] n°1 à 9 : Du Big Bang à l’apparition d’Homo sapiens
[Conférencier 1] La vie est un phénomène unique en son genre. C'est même la seule expérience que vous connaîtrez alors. Autant la rendre grandiose. Je suis Margot, âme multipassionnée, fascinée par la beauté du vivant et les mystères de l'existence.
[1]
Phénoménale existence est autant un plaidoyer qu'une exploration de ce qui fait notre particularité, ici, au milieu de l'univers.
Mais aussi une invitation à prendre de la hauteur, à regarder différemment, à questionner l'évidence.
[Conférencier 1]
Âmes sensibles et multiples, ne vous abstenez pas. Ce podcast est pour vous, ainsi que pour les personnes curieuses du monde et d'elles-mêmes. Émerveillées par la nature, en quête de beauté, de sens et d'humanité.
[Conférencier 1]
Ici, on tisse des liens entre science, nature, création, santé, philosophie, sensorialité, épanouissement. C'est une manière pour moi d'honorer tout ce qui m'anime.
[Conférencier 1]
Et d'en partager la richesse. À travers des voyages sonores immersifs, des récits personnels, des rencontres inspirantes et des réflexions guidées par l'émerveillement,
[Conférencier 1]
je vous propose d'explorer ce qui rend notre existence si phénoménale et comment en exploiter tout le potentiel. Prêt à embarquer pour un voyage transformateur ?
[1]
Bienvenue dans Phénoménale existence.
[Conférencier 1]
Bonjour à tous !
[1]
Dans cet épisode, je reçois mon second invité, Thibault Noirot.
Alias, la science musicale, sur les réseaux, ou encore Eko Thib, et je vous convie cette fois encore en une rencontre en deux temps.
[Conférencier 1]
D'abord, on va adopter un ton didactique et émerveillé sur les origines et rôles du son au sein du monde naturel. Puis, dans un second temps, on plongera dans le parcours singulier de mon invité.
[1]
Comme je l'ai évoqué dans mon premier épisode avec Drôle de biologiste Anaïs, je me tourne vers et suis attirée par des personnes qui ont des passions bien prononcées,
[Conférencier 1]
et qui ont également créé leur propre parcours. Leurs propres voies.
[Conférencier 1]
Ce sont donc des interviews à double lecture que je propose pour retirer des enseignements autant du fond que de la forme, c'est-à-dire montrer à quel point notre existence est phénoménale,
[Conférencier 1]
et montrer que nos vies d'humains sont dotées d'infinies potentialités qu'il nous convient à chacun d'activer.
[1]
Salut Thibault !
[Conférencier 2]
Salut Margot, comment tu vas ?
[Conférencier 1]
Ben écoute, bien. Toi, tu es un petit peu malade, de ce que j'ai compris.
[Conférencier 2]
C'est ça, mais ça va aller.
[Conférencier 1]
Oui, ça va aller.
[Conférencier 2]
En tout cas, merci pour l'invitation, c'est chouette.
[Conférencier 1]
Avec grand plaisir, merci à toi d'avoir accepté aussi. Est-ce que tu peux, pour commencer, nous résumer en quelques phrases seulement, parce qu'on va un petit peu plus développer plus tard,
[Conférencier 1]
qui tu es et ce que tu fais aujourd'hui ?
[2]
Alors oui, je m'appelle Thibault Noirot, j'ai 26 ans, et donc on va dire que j'ai plusieurs casquettes,
[Conférencier 2]
mais parmi ces casquettes, il y a la science musicale. C'est une sorte de concept que j'ai lancé il y a une douzaine d'années,
[Conférencier 2]
qui est une sorte de...
contenu qui va venir vulgariser le son, la musique, la science et le vivant,
[Conférencier 2]
dans des petites capsules vidéo assez courtes.
[2]
Et d'un autre côté, il y a Eko Thib, où là, c'est plus mon travail photographique.
[Conférencier 2]
Donc je fais de la photo animalière depuis déjà quatre ans, à Paris, en Ile-de-France aussi. Et mon métier, en tout cas, là, à l'heure actuelle, je travaille dans le cinéma,
[Conférencier 2]
je suis développeur audio dans un studio de post-prod à Paris.
[Conférencier 1]
Ah oui, ok.
[Conférencier 2]
Donc je conçois des outils autour du son, qui se basent sur de l'intelligence artificielle, et d'autres techniques, quoi.
[Conférencier 1]
D'accord. Donc c'est application cinéma, vraiment, pour le coup, pour ce poste-là ?
[Conférencier 2]
Alors c'est ça, et ça, c'est mon métier. Donc vraiment, le reste, je fais ça sur mon temps libre.
[Conférencier 2]
Donc c'est des passions, a priori. Ça n'a pas vocation à devenir mon métier principal, mais ne sait-on jamais.
[Conférencier 2]
Je laisse, de toute façon, toutes les portes ouvertes.
[Conférencier 1]
Mais oui, complètement.
[Conférencier 2]
Mais c'est, voilà. C'est, en tout cas, voilà comment ça se répartit.
[Conférencier 1]
Ok.
[1]
Donc on voit déjà pourquoi est-ce que j'ai contacté Thibault.
[Conférencier 1]
Déjà pour le fond, et puis pour la forme aussi. On comprend bien le côté tentaculaire de sa vie.
[Conférencier 1]
Avant d'entrer dans le vif du sujet, est-ce que tu pourrais me citer un déclic existentiel
[Conférencier 1]
que tu aurais eu à l'issue d'une rencontre, ou bien d'une expérience, ou encore d'un apprentissage,
[Conférencier 1]
et qui t'a fasciné au point de contribuer à cette trajectoire-là ?
[Conférencier 2]
Alors des déclics, il y en a eu plusieurs. Je pense que...
[Conférencier 2]
Je ne vais pas tous les raconter, évidemment. Mais le plus récent, peut-être,
[Conférencier 2]
qui est celui qui est lié au fait que je crée ce contenu photographique animalier autour de ce nom Eko Thib.
[Conférencier 2]
En fait, c'était au moment où je terminais mes études
[2]
à l'École nationale supérieure Louis-Lumière.
[Conférencier 2]
Donc j'ai fait des études de cinéma dans le son. Et mon mémoire de recherche,
[Conférencier 2]
c'était la reconstitution du paysage sonore d'antan. Donc j'ai cherché à me poser la question
[Conférencier 2]
de comment pouvait sonner, au XVIe siècle, un château luthérien ?
[Conférencier 1]
C'est une question que personne ne se pose,
[Conférencier 2]
à part moi, pour le coup.
[1]
Il en faut !
[Conférencier 2]
C'est ça. Et pendant ces sept mois de recherche,
[Conférencier 2]
en fait, ça a duré plus longtemps que ça, mais j'ai eu sept mois, on va dire, assez libres,
[Conférencier 2]
où j'ai pu justement rentrer chez mes parents, dans ma ville natale,
[Conférencier 2]
pour prendre ce temps-là. Et en fait, c'était un château qui était
[Conférencier 2]
vraiment dans la ville où j'habitais. Donc c'était assez facile de faire ça là-bas.
[Conférencier 2]
Je me suis posé la question, je me suis posé, et en faisant ce travail de recherche
[Conférencier 2]
sur le patrimoine culturel et matériel, patrimoine historique,
[Conférencier 2]
je me suis intéressé au patrimoine du vivant. Ce à quoi je ne me serais jamais dit,
[Conférencier 2]
bah tiens, c'est super le vivant, c'est hyper intéressant.
[Conférencier 2]
En fait, si, je me suis complètement tombé dedans, j'ai commencé à enregistrer les cours d'eau
[Conférencier 2]
pas loin de chez moi, j'ai commencé à regarder autour de moi
[Conférencier 2]
le vivant qui passait. Et en l'espace de deux mois, le déclic,
[Conférencier 2]
ça a été quoi ? Ça a été que je me suis acheté
[Conférencier 2]
mon premier appareil photo, mais sans pour autant penser à faire
[Conférencier 2]
de la photographie animalière, mais en me baladant,
[Conférencier 2]
et comme je l'avais sur moi, je me suis rendu compte que j'ai découvert
[Conférencier 2]
en l'espace de deux mois un castor. Découvrir un castor près de chez soi,
[Conférencier 2]
donc à 200 mètres de chez soi, c'est quand même assez incroyable.
[Conférencier 2]
Martin Pêcheur, mais donc trois couples de Martin Pêcheur,
[2]
des cincles plongeurs,
[Conférencier 2]
tous sur la même période. Et au début, je découvre tout ça,
[Conférencier 2]
je me dis, bah tiens, c'est quand même étonnant, parce que c'est normal, quoi.
[Conférencier 2]
Et en fait, ce n'est pas si normal que ça de voir autant d'espèces,
[Conférencier 2]
en tout cas dans un périmètre assez restreint. En fait, oui, à côté de chez moi,
[Conférencier 2]
il y avait une réserve naturelle que je n'avais jamais plus que ça abordée,
[Conférencier 2]
à comprendre, chercher à étudier. Et voilà, ça a été ça, mon déclic.
[Conférencier 2]
Ça a été de me rendre compte que je voyais toute cette vie
[Conférencier 2]
à 200 mètres de chez moi. Vraiment, je descendais.
[Conférencier 2]
Moi, c'est une sorte de petite colline, je descends et j'arrive près d'un cours d'eau
[Conférencier 2]
et je découvre tout ça, quoi. Donc ça, ça a été peut-être le déclic
[Conférencier 2]
qui m'a fait me dire, mais en fait, le vivant, c'est génial.
[Conférencier 2]
Et comment j'ai pu passer à côté de ça pendant toutes ces années, quoi.
[Conférencier 2]
Comment j'ai pu ne pas me rendre compte de toute cette vie qu'il y avait.
[Conférencier 2]
Et depuis, voilà, je fais de la photo, animalière, depuis ce moment-là, quoi.
[Conférencier 2]
Vraiment, de manière très ancrée. J'ai fait des affûts, pareil, dans un champ.
[Conférencier 2]
Il y a un champ de maïs juste au-dessus de chez moi. Et pareil, je vois des renards,
[Conférencier 2]
des blaireaux qui traversent,
[2]
des faucons crécerelles, des buses.
[Conférencier 2]
Tout ça, vraiment, à domicile. Et en fait, il y a vraiment, voilà,
[Conférencier 2]
quelque chose qui s'est créé en moi de me dire, mais attends, intéresse-toi à ça.
[Conférencier 2]
C'est quand même assez génial.
[Conférencier 1]
Oui, c'est sûr. Ouais, donc c'est vraiment dans la vingtaine
[Conférencier 1]
que ce déclic a eu lieu, que cette considération nouvelle a eu lieu.
[Conférencier 2]
C'est ça, tout à fait. Ça fait quatre ans, ouais, quatre, cinq ans.
[Conférencier 2]
Ok.
[Conférencier 1]
Écoute, on va en parler plus amplement en deuxième partie, mais là,
[Conférencier 1]
on va aborder vraiment le sujet de fond. Le son.
[Conférencier 1]
Le son fait partie de notre quotidien, depuis le ventre de notre mère
[Conférencier 1]
jusqu'à notre dernier souffle, en passant par notre premier cri
[Conférencier 1]
et notre premier choc musical. Le son nous traverse.
[Conférencier 1]
Des sons enivrants de nature aux bruits urbains désagréables,
[Conférencier 1]
du langage au rire, du son isolé à la musique,
[Conférencier 1]
le son revêt une variété de formes, de sens
[Conférencier 1]
et porte aussi des informations précieuses sur la raison de son apparition.
[Conférencier 1]
On peut dire que le son est le témoin invisible du visible.
[Conférencier 1]
Thibault, ici, on aime bien revenir au cœur des phénomènes.
[Conférencier 1]
Alors, est-ce que tu peux nous rappeler ce qu'est le son à l'origine ?
[Conférencier 2]
Alors, quand tu m'as posé cette question, j'avais envie de répondre à deux choses.
[Conférencier 2]
Parce que j'avais envie de répondre à la fois scientifiquement parlant,
[Conférencier 2]
donc vraiment la définition propre du son,
[Conférencier 1]
et à la fois, j'avais envie
[Conférencier 2]
de me dire, et c'est la première réaction que j'ai eue quand tu m'as posé la question,
[Conférencier 2]
c'est, est-ce que je ne parlerais pas même de l'origine, vraiment l'origine
[Conférencier 2]
du son ? Qu'est-ce qui a été la première onde, finalement ?
[Conférencier 1]
Qu'est-ce qui a été la première existence
[Conférencier 2]
d'un tel phénomène ?
[Conférencier 1]
Une double lecture qui me plaît, donc tu peux y aller.
[Conférencier 2]
En fait, pour moi, je vais déjà commencer par la définition
[Conférencier 2]
la plus classique, qui est celle de la science. Tout simplement, le son, qu'est-ce que c'est ?
[Conférencier 2]
C'est une onde de pression qui va se propager dans un milieu.
[Conférencier 2]
Donc ça, c'est vraiment la définition la plus simple qu'on puisse donner,
[Conférencier 2]
en tout cas, du son. Donc voilà, pour que ça puisse
[Conférencier 2]
exister, il faut absolument un milieu, sinon ça ne se propage pas, sinon il n'y a pas de son.
[Conférencier 2]
Donc ça, c'est décrit en général, le son, par trois
[Conférencier 2]
caractéristiques. On pourrait en trouver d'autres aussi qui en découleraient, mais il y a toujours
[Conférencier 2]
la question de la fréquence. Donc la fréquence, c'est en lien avec la hauteur.
[Conférencier 2]
Un piano qui joue un Do, qui joue un Ré, il y a différentes hauteurs. L'amplitude,
[Conférencier 2]
plus ou moins un niveau d'intensité sonore important, plus ou moins,
[Conférencier 2]
fort ou plus ou moins faible. Et puis, on a le timbre
[Conférencier 2]
qui correspond à la couleur. Quand je parle de couleur, ça va venir dépendre de
[Conférencier 2]
ce qui va émettre le son. Est-ce que c'est une matière assez
[Conférencier 2]
immense qui va rentrer en résonance ? Est-ce que c'est une voix ? Est-ce que c'est un animal ? Enfin, voilà. Chacun va avoir
[Conférencier 2]
des textures différentes. Et c'est ce qui définit le timbre, avec une attaque,
[Conférencier 2]
si c'est réverbéré aussi, si... Voilà, il y a plein de
[Conférencier 2]
caractéristiques comme ça. Et plutôt côté, on va dire,
[Conférencier 2]
cosmologique, quoi, il y a des choses qu'on appelle
[Conférencier 2]
des rites de pression. Donc, j'ai fait un peu
[Conférencier 2]
de recherches là-dessus, mais en fait, c'est...
[Conférencier 2]
Ils appellent ça des oscillations acoustiques, donc les physiciens.
[Conférencier 2]
C'est quand les ondes vont se propager dans un plasma. On va pouvoir lire
[Conférencier 2]
des années plus tard, et des milliers d'années plus tard, ces ondes
[Conférencier 2]
à travers la galaxie, qui seront réparties dans
[Conférencier 2]
plein de grandes échelles. Donc, en fait, on est capable de voir et d'entendre,
[Conférencier 2]
en tout cas, de restituer des ondes un peu, pas cosmiques, mais
[Conférencier 2]
qui ont disparu, déjà, de notre univers, et qu'on est capable de voir, un petit peu comme
[Conférencier 2]
les étoiles, d'ailleurs. Il y a des étoiles qui sont mortes depuis très longtemps, et c'est pareil pour
[Conférencier 2]
certaines ondes qui sont dans le cosmos. On est capable aussi de pouvoir
[Conférencier 2]
les lire et les réinterpréter. Et ça me... Voilà.
[Conférencier 2]
Ça me vient de dire au fait que le son, il est là depuis très très longtemps.
[Conférencier 2]
C'est-à-dire que c'est quelque chose qui est là depuis immensément...
[Conférencier 2]
longtemps, bien avant nous, bien avant les dinosaures et bien avant tout ça.
[Conférencier 2]
Et voilà. Je ne suis pas expert dans cette question-là, et j'adorerais pouvoir
[Conférencier 2]
répondre avec des éléments hyper scientifiques sur tout ça, mais
[Conférencier 2]
voilà. Depuis la nuit des temps, on a eu
[Conférencier 2]
des corps qui vibraient, et je trouve ça assez génial qu'on puisse
[Conférencier 2]
aussi suivre plein de traces acoustiques. Oui.
[Conférencier 1]
On va voir la mémoire de ça. C'est dingue, parce qu'on, justement, dit que c'est
[Conférencier 1]
invisible, mais par contre, c'est palpable.
Absolument. Et avoir cette mémoire-là,
[Conférencier 1]
on parle de la lumière, effectivement, qui est le témoin
[Conférencier 1]
aussi vers le passé, mais le son, comme tu viens de le
[Conférencier 1]
dire, est aussi un témoin vers le passé, et c'est dingue. Les deux sont des ondes,
[Conférencier 2]
que ce soit le rayonnement lumineux ou une onde sonore.
[Conférencier 2]
En tout cas, ce sont toutes les deux des ondes et ont des propriétés communes.
[Conférencier 2]
Alors peut-être que je digresse un tout petit peu, là,
[Conférencier 1]
sur ça. Je t'en prie. Mais c'est vrai que
[Conférencier 2]
moi, ça fait penser beaucoup à la cymatique, aussi, cette question. Tu sais, la cymatique, c'est cette...
[Conférencier 2]
branche... Alors, je ne sais pas si elle est officielle de la recherche ou non, mais c'est une branche
[Conférencier 2]
qui permet, par exemple... Ce qui est le plus souvent cité, c'est la corde de melbe.
[Conférencier 2]
C'est une corde que tu vas venir, justement, tendre.
[Conférencier 2]
Et quand tu vas, justement, la pincer, tu vas avoir une sorte de
[Conférencier 2]
mode qui va se mettre en place avec des nœuds et des ventres. Donc les nœuds, c'est
[Conférencier 2]
les croisements, et les ventres, c'est là où la corde va venir, justement, s'étendre.
[Conférencier 2]
Et en fait, ça, c'est une représentation physique
[Conférencier 2]
et visuelle du son par rapport à une fréquence. C'est pareil pour les formes
[Conférencier 2]
de Chladni. Donc, Chladni, c'est un chercheur qui a
[Conférencier 2]
beaucoup travaillé sur ce sujet-là. On a des plaques, par exemple, en plexiglas
[Conférencier 2]
qu'on va mettre en vibration. On va mettre des grains de sable dessus, et on va avoir des formes qui vont
[Conférencier 2]
apparaître, en fait, sur cette plaque en plexiglas. Et c'est une des plus
[Conférencier 2]
belles manières, et je pense, plus didactique aussi et pédagogique, de montrer que, en fait,
[Conférencier 2]
le son, c'est une onde. Et au-delà de la science, au-delà de la physique,
[Conférencier 2]
juste cette représentation qui est issue des deux, mais permet
[Conférencier 2]
en tout cas de vraiment assimiler, je pense, ce concept d'onde sonore.
[Conférencier 2]
Et en plus, c'est très joli.
[Conférencier 1]
Oui, c'est ça. C'est qu'on se rend compte que quand il y a une note qui est bien tenue, ça forme
[Conférencier 1]
des images extrêmement géométriques qui répondent à des règles,
[Conférencier 1]
voilà, un ordre, en fait, quelque part. Et quand il y a des fréquences qui
[Conférencier 1]
sont un peu toutes azimutes, ça crée un truc un peu chaotique,
[Conférencier 1]
à l'image du son qui est là. Donc, c'est vrai que, comme tu dis, ça peut être très didactique.
[Conférencier 2]
Voilà, exactement. Et il y a toujours un piège, c'est celui de tomber dans
[Conférencier 2]
voilà, c'est de la magie, c'est des choses assez
[Conférencier 2]
peu scientifiques. Non, non, ça reste quand même, on va dire.
[Conférencier 2]
Enfin, moi, en tout cas, j'ai toujours cet esprit très cartésien d'essayer
[Conférencier 2]
de comprendre le phénomène et pourquoi il apparaît. Et c'est vrai qu'en tout cas,
[Conférencier 2]
il y a beaucoup de
[Conférencier 2]
digressions à ce sujet-là.
[Conférencier 1]
Enfin, moi, j'ai moi-même digressé. Non, non, mais c'est avec plaisir.
[Conférencier 1]
Et de toute façon, pour rebondir sur ta dernière phrase rapidement,
[Conférencier 1]
le monde est magique, même en étant cartésien, justement. Oui, bien sûr.
[Conférencier 2]
C'est ça qui est... Je pense qu'on en parlerait après. Mais c'est selon
[Conférencier 2]
les interprétations aussi de chacune et chacun.
[Conférencier 1]
Oui, tout à fait. Complètement. Pour rester, justement, sur
[Conférencier 1]
le son, on peut facilement deviner qu'il avait
[Conférencier 1]
une importance capitale chez nous, humains, par la présence
[Conférencier 1]
des oreilles. Pourquoi le son était-il si important dans notre
[Conférencier 1]
lignée pour que nos ancêtres aient commencé à former des organes spécifiques
[Conférencier 1]
pour le percevoir ?
[Conférencier 2]
Alors, je pense que le son, ça a toujours été quelque chose de crucial
[Conférencier 2]
pour donner accès à une information,
[Conférencier 2]
en fait, pour une espèce que la vue, par exemple,
[Conférencier 2]
ne fournit pas toujours. Une oreille, par exemple, ça permet de détecter très rapidement
[Conférencier 2]
quelque chose qui pourrait se passer avant qu'on le voit. Et ce qui est très pratique,
[Conférencier 2]
c'est que c'est ça dans toutes les directions. Donc, en 360 degrés, on est capable de pouvoir
[Conférencier 2]
assimiler un son dans une position, que ce soit dans le noir
[Conférencier 2]
ou... ou autre.
[Conférencier 2]
Et je pense que pour un animal, par exemple, ce que ça veut dire,
[Conférencier 2]
c'est sentir arriver un prédateur, par exemple. C'est sentir
[Conférencier 2]
que le groupe de sa même espèce est aussi présent.
[Conférencier 2]
C'est garder le contact avec d'autres membres, ses petits, ou que sais-je.
[Conférencier 2]
Se coordonner, quoi. C'est un moyen de communication, aussi.
[Conférencier 2]
Pour le cas de l'humain, c'est vrai que l'oreille, elle joue ce rôle assez
[Conférencier 2]
tôt. T'en parlais dans ton introduction, mais c'est vrai qu'un fœtus,
[Conférencier 2]
il réagit déjà au son, quelque part. Je ne sais plus si c'est
[Conférencier 2]
dans les premiers trimestres, mais c'est dans le deuxième ou le troisième.
[Conférencier 2]
De la grossesse, il y a une partie qui est déjà en alerte, en fait, et qui écoute.
[Conférencier 1]
Et qui sent aussi, du coup, pour rebondir sur
[Conférencier 1]
les vibrations. Absolument.
[Conférencier 2]
Et qui sent justement aussi, pareil, ses ondes mécaniques.
[Conférencier 2]
Et pareil, comme nous, le soir, quand on dort, il y a toujours une partie
[Conférencier 2]
de nos systèmes qui est toujours un peu en alerte. Pareil chez les animaux, c'est quelque chose qu'on trouve
[Conférencier 2]
assez souvent. En tout cas, c'est vrai que
[Conférencier 2]
moi, je l'associe souvent cette importance de
[Conférencier 2]
cet ouïe à l'avantage en termes de ces trois principaux
[Conférencier 2]
éléments qui sont la survie, la coopération et la communication.
[Conférencier 2]
En tout cas, pour moi, c'est comme ça que je me le raconte.
[Conférencier 1]
Oui, puis la reproduction aussi, même si ça rentre dans la
[Conférencier 1]
coopération, l'aspect communautaire et tout ça, j'imagine.
[Conférencier 1]
Les relations, quoi.
Cependant, nous sommes bien
[Conférencier 1]
loin d'entendre tous les sons. Quels autres animaux ou insectes
[Conférencier 1]
ont une audition bien plus fine que la nôtre ? Alors, il me semble
[Conférencier 1]
que nous, nous sommes capables d'entendre à partir de 20 Hz jusqu'à
[Conférencier 1]
20 000 Hz, c'est ça ?
[Conférencier 2]
Alors ça, c'est effectivement en théorie.
[Conférencier 1]
Oui, le spectre large.
[Conférencier 2]
Sachant que même déjà, pouvoir ressentir ça,
[Conférencier 2]
le 20 kHz, il est quand même compliqué.
[Conférencier 1]
Même en étant très jeune,
[Conférencier 2]
un enfant de 4-5 ans, certes, il va avoir tendance à bien assimiler
[Conférencier 2]
des fréquences à 18 000 Hz. Mais pour écouter le 20 000,
[Conférencier 2]
parfait, je pense qu'il faut se lever tôt. En tout cas, oui, on va dire que c'est un ordre
[Conférencier 2]
de grandeur qu'on donne assez souvent et qui décroît au fur et à mesure
[Conférencier 2]
de l'âge, malheureusement. C'est-à-dire qu'une fois que c'est parti, c'est parti.
[Conférencier 2]
Une fois que les cellules ciliées sont brisées, elles sont brisées.
[Conférencier 2]
Elles ne se renouvellent pas.
[Conférencier 1]
Il n'y a pas de renouvellement, en tout cas,
[Conférencier 2]
de cet organe. C'est quelque chose dont il faut prendre soin.
[Conférencier 2]
Du coup, pour répondre à ta question
[Conférencier 2]
sur les insectes ou les animaux qui ont une vision
[Conférencier 2]
bien plus fine que la nôtre, ce que j'aime bien dans cette question,
[Conférencier 2]
c'est qu'on parle de finesse. Mais en fait, moi, je vois plus une sorte
[Conférencier 2]
d'adaptation selon l'espèce. C'est-à-dire qu'une espèce,
[Conférencier 2]
elle va avoir tendance à essayer d'entendre ce dont elle a besoin.
[Conférencier 2]
Je prends l'exemple très bête des chauves-souris
[Conférencier 2]
et des dauphins qui vont utiliser,
[2]
l'écholocalisation,
[Conférencier 2]
donc envoyer à très haute fréquence des sons qui vont leur être
[Conférencier 2]
remis pour pouvoir justement se déplacer ou communiquer
[Conférencier 2]
entre eux. C'est très symptomatique du coup de leur espèce
[Conférencier 2]
de s'écrier dans cette audition-là.
[Conférencier 2]
Je ne sais pas si le terme fin est plus juste ici.
[Conférencier 2]
Comme le cas des éléphants où, par exemple, ils ont aussi la possibilité
[Conférencier 2]
de communiquer à travers des infrasons avec leur déplacement. Ça, c'est 4.
[2]
Katherine Boynton et Roger Payne
[Conférencier 2]
qui avaient travaillé là-dessus.
[2]
Plus Katherine Boynton
[Conférencier 2]
qui avait justement étudié pendant pas mal d'années, je crois, en Afrique, les éléphants
[Conférencier 2]
et qui avait justement relevé cette communication
[Conférencier 2]
à travers les infrasons, les déplacements, etc.
[Conférencier 2]
Parce qu'en fait, les infrasons se propagent très loin par définition, de basse fréquence.
[Conférencier 2]
C'est très facile, un éléphant, que de communiquer avec un autre éléphant
[Conférencier 2]
qui est, par exemple, je ne sais pas, basé... Alors les distances, je ne pourrais pas dire,
[Conférencier 2]
mais je dirais plusieurs centaines de mètres assez facilement, ça ne me paraît pas idiot.
[Conférencier 2]
Pareil, il y a les chouettes qui se localisent avec leurs oreilles
[Conférencier 2]
qui sont légèrement asymétriques. Enfin voilà, chaque espèce, en fait,
[Conférencier 2]
va venir s'adapter. Est-ce qu'il y a une ouïe plus fine chez un animal qu'un autre ?
[Conférencier 2]
Effectivement, dans l'expression française,
[Conférencier 1]
on aime bien parler d'ouïe fine, etc.
[Conférencier 2]
Mais je pense qu'en fait, chacun juste entend ce dont il a besoin.
[Conférencier 2]
Et d'ailleurs, en faisant ces recherches-là, je l'ai appris que des poissons aussi entendaient.
[Conférencier 2]
Ça, je ne savais pas, mais il y a apparemment quelque chose qu'on appelle la ligne latérale.
[Conférencier 2]
Une ligne latérale qui se situe sur le côté des poissons
[Conférencier 2]
qui leur permet de sentir des micro-vibrations d'un flux
[Conférencier 2]
dans l'eau. Et en fait, ça leur permet de se repérer, de pouvoir se déplacer aussi.
[Conférencier 2]
Je trouve ça génial, en fait. C'est hyper intéressant.
[Conférencier 1]
Oui, et puis nous, on ne se rend pas compte, mais comme tu parles de l'eau, ce qui paraît, je n'ai pas les chiffres en tête,
[Conférencier 1]
mais le son se propage énormément plus dans l'eau que dans l'air.
[Conférencier 1]
Et nous, on ne se rend pas compte quand on va dans l'eau, quand on fait de la plongée,
[Conférencier 1]
on a l'impression de ne rien capter parce que nos oreilles ne sont pas adaptées.
[Conférencier 2]
Mais j'ai un cas assez drôle, c'est que moi, je vais à la piscine assez régulièrement, à Paris,
[Conférencier 2]
et il y a toujours un moment donné où j'ai l'impression d'entendre un son très proche de moi. En tout cas, un son
[Conférencier 2]
comme s'il était à côté. Et en fait, c'est souvent, tu sais, il y a une sorte d'échelle
[Conférencier 2]
pour rentrer et sortir de l'eau. Même si tu es à l'opposé de l'échelle et que tu es au fond du couloir
[Conférencier 2]
à 50 mètres, tu te rends compte que tu entends la personne sortir de l'eau
[Conférencier 2]
et grimper sur cette échelle.
[Conférencier 1]
Et je trouve ça toujours hyper amusant
[Conférencier 2]
d'entendre ce son-là alors qu'on est vraiment à 50 mètres, en fait. Donc oui, oui,
[Conférencier 2]
effectivement, le son dans l'eau se propage beaucoup plus vite. Et c'est toute
[Conférencier 2]
une autre phénoménologie dans ce milieu-là,
[Conférencier 2]
mais qui est très intéressante. Enfin, moi, j'ai fait pas mal d'enregistrements dans l'eau.
[Conférencier 2]
Il y a pas mal de dispositifs dans l'air déjà qui sont assez compliqués, mais dans l'eau,
[Conférencier 2]
ça remet tout en question. Enfin, ça ne remet pas tout en question, mais il y a pas mal
[Conférencier 2]
de calculs à faire pour obtenir des choses très pertinentes. C'est fascinant,
[Conférencier 1]
en tout cas. Oui, ça notre monde, effectivement, à
[Conférencier 1]
comment dire, à dompter, quoi.
[Conférencier 2]
Et même de point de vue des haut-parleurs, c'est la même chose. J'avais déjà essayé de faire
[Conférencier 2]
des enregistrements en diffusant des sons dans l'eau avec une enceinte Bluetooth. En fait, les ondes,
[Conférencier 2]
le Bluetooth, c'est une onde, elle traverse pas l'eau
[Conférencier 2]
à partir d'un certain seuil, quoi. Donc on peut pas faire les choses qu'on veut non plus.
[Conférencier 2]
Donc il y a plein de choses.
[Conférencier 1]
Ouais, ça remet en question complètement nos règles
[Conférencier 1]
un petit peu. C'est déstabilisant, c'est clair. Mais c'est comme ça qu'on
[Conférencier 1]
avance aussi, qu'on progresse.
Et effectivement, dans ma question,
[Conférencier 1]
j'avais parlé de plus fine, et ta réponse est parfaite, parce que
[Conférencier 1]
tu remets vraiment l'église au milieu
[Conférencier 1]
du village, en mettant en avant qu'on n'est pas
[Conférencier 1]
dans une recherche de compétition, qu'on n'est pas dans qui a la meilleure, oui,
[Conférencier 1]
on n'est pas sur MTV, quoi. Là, c'est vraiment des adaptations
[Conférencier 1]
propres qui servent à chaque individu, parce que justement, il hérite
[Conférencier 1]
de tant d'années d'évolution dans son microcosme,
[Conférencier 1]
dans son comportement, tout ça, quoi. Donc, il n'y a pas d'histoire de
[Conférencier 1]
record et de meilleur oui qu'une autre. La nôtre aussi
[Conférencier 1]
est adaptée à notre fonctionnement. Donc, merci pour ce retour.
[Conférencier 1]
Les êtres vivants dotés d'oreilles sont-ils les seuls à capter
[Conférencier 1]
le son ? C'est une question plutôt rhétorique, mais j'ai envie de t'entendre répondre
[Conférencier 1]
là-dessus.
[Conférencier 2]
Du coup, non, je réponds. Alors, c'est vrai qu'il y a
[Conférencier 2]
ce phénomène de, quand on cherche à capter du son pour une espèce,
[Conférencier 2]
c'est ressentir des vibrations. Alors, il y a l'oreille qui est le capteur de vibrations telle qu'on le connaît,
[Conférencier 2]
qui est super sophistiquée, qui est géniale pour plein de raisons, mais
[Conférencier 2]
le vivant, ce qui est assez dingue et magique, c'est qu'il en a inventé plein d'autres.
[Conférencier 2]
Des typologies qui ne sont pas forcément des oreilles.
[Conférencier 2]
Je vais parler des insectes. Il y a pas mal d'insectes qui ont
[Conférencier 2]
des sortes de tympans entre guillemets, mais qui ne sont pas sur la tête.
[Conférencier 2]
Ça se trouve sur leurs pattes ou sur leur abdomen, comme chez les
[Conférencier 2]
criquets. Les criquets ou les papillons de nuit, ils ont
[Conférencier 2]
cette manière de ressentir la vibration. Ils n'ont pas vraiment d'oreille.
[Conférencier 1]
C'est plus par propagation
[Conférencier 2]
qu'ils vont réussir à analyser un signal. Quand je parle de signal,
[Conférencier 2]
c'est une onde. Il y a pareil les araignées. C'est un autre
[Conférencier 2]
type assez amusant d'étude, mais les araignées
[Conférencier 2]
lisent les vibrations sur leur toile.
[Conférencier 2]
Même avec l'air, parce que je crois qu'elles ont des poils assez petits
[Conférencier 2]
qui leur permettent de ressentir aussi pas mal de choses, mais c'est un mouvement sur la toile qui va leur
[Conférencier 2]
indiquer que tel prédateur est arrivé. Ce n'est pas un son
[Conférencier 2]
à proprement parler, mais c'est plus une vibration
[Conférencier 1]
sensible, assez précise, assez discrète,
[Conférencier 2]
mais que ces espèces sont capables de ressentir.
[Conférencier 2]
Là, c'est vraiment des espèces qui n'entendent pas du tout comme nous et qui ne détectent
[Conférencier 2]
pas les sons et les mouvements comme l'humain ou comme
[Conférencier 2]
toute autre espèce dotée d'une oreille. On avait parlé des poissons
[Conférencier 2]
tout à l'heure, c'est un peu la même chose.
Les poissons n'ont pas d'oreille,
[Conférencier 2]
ils vont venir capter... En tout cas, je ne sais pas si l'entièreté des poissons
[Conférencier 2]
n'ont pas d'oreille, ça je ne pourrais pas l'affirmer. Mais en tout cas, il y en a qui
[Conférencier 2]
justement, par conduction, ressentent
[Conférencier 2]
les flux, comme je disais tout à l'heure, et c'est une autre manière en tout cas de capter le signal.
[Conférencier 2]
Je sais qu'il y a aussi beaucoup le phénomène de conduction osseuse,
[Conférencier 2]
je crois que ça marche pour les amphibiens, la transition entre l'eau et l'air
[Conférencier 2]
qui a permis de créer tous ces systèmes-là chez pas mal
[Conférencier 2]
d'espèces.
En tout cas,
[Conférencier 2]
les os peuvent aussi rentrer en résonance et capter des vibrations.
[Conférencier 2]
C'est une forme d'écoute en soi aussi.
[Conférencier 2]
L'oreille, c'est ce qu'on connaît le mieux,
[Conférencier 2]
mais c'est en tout cas qu'un cas particulier, j'ai envie presque de dire par rapport à tout ce qui
[Conférencier 2]
existe comme capteur mécanique dans le vivant, et je suis sûr qu'il y en a plein
[Conférencier 2]
que je ne connais pas, et qui sont hyper intéressants.
[Conférencier 2]
En tout cas, c'est un domaine très vaste.
[Conférencier 2]
Ce qui d'ailleurs m'amène...
[Conférencier 2]
Peut-être que j'en parlerai plus tard de ça, mais il y a
[Conférencier 2]
un scientifique
[2]
qui s'appelle Bernie Krausee, qui a parlé
[Conférencier 2]
beaucoup de biophonie.
[Conférencier 1]
Oui, bien sûr. Quand on parle
[Conférencier 2]
de biophonie, lui, quand il en parle, en tout cas quand certaines personnes en parlent aussi,
[Conférencier 2]
c'est pas mal d'espèces qui sont capables d'émettre un son
[Conférencier 2]
avec des cordes vocales ou d'autres systèmes.
[Conférencier 2]
Mais du coup, c'est des fois des catégories,
[Conférencier 2]
des catégories qui excluent, par exemple, des insectes qui, eux, n'émettent pas
[Conférencier 2]
de son avec des cordes vocales ou ce genre de choses, ou un larynx ou un syrinx.
[Conférencier 2]
Eux, ils vont l'émettre avec des frottements
[Conférencier 1]
rapides. Oui, les stridulations.
[Conférencier 2]
C'est ça, les stridulations, qui vont être des fréquences très très précises.
[Conférencier 2]
Hautes, oui. Très hautes aussi. Mais c'est quand même, voilà, ça fait partie
[Conférencier 2]
de la biophonie aussi. Enfin, voilà, il y a tout un pan, en fait,
[Conférencier 2]
du vivant qu'on exclut parfois, sans forcément
[Conférencier 2]
même y penser, en fait. C'est ça, aussi, mais voilà.
[Conférencier 2]
Ça m'a fait penser à ça, ta question. C'est le fait de, voilà. Il y a plein de manières d'entendre le son, mais il y a plein de manières
[Conférencier 2]
de l'exprimer aussi.
[Conférencier 1]
Oui, c'est ça. Et je pense qu'on est toujours pris sous le prisme, justement, anthropocentré
[Conférencier 1]
et à moins d'être un scientifique et d'essayer de prendre des lunettes
[Conférencier 1]
de scientifique et d'avoir une objectivité. Je pense que la comparaison
[Conférencier 1]
est difficile quand ça ressemble pas du tout à ce qu'on connaît,
[Conférencier 1]
quoi. C'est ça.
[Conférencier 1]
Et je voulais rebondir sur ce que tu as dit à propos
[Conférencier 1]
des différentes manières, justement, de capter le son. Et pour revenir aussi
[Conférencier 1]
aux oreilles des humains, si on dissèque les oreilles, on voit qu'il faut aussi de la conduction
[Conférencier 1]
parce qu'on a les trois fameux petits os, les plus petits os
[Conférencier 1]
du corps, qui sont les osselets, le marteau, l'étrier et l'enclume,
[Conférencier 1]
qui portent des noms marins et qui, après passage
[Conférencier 1]
de la vibration dans le tympan, servent aussi de conduction pour
[Conférencier 1]
aller jusque dans la... Je ne sais pas exactement la cochlée, à quel moment
[Conférencier 1]
elle est placée, mais il y a aussi toute une mécanique de conduction
[Conférencier 1]
interne qui rejoint un petit peu ce qu'on disait
[Conférencier 1]
avec les autres insectes, quoi.
[Conférencier 2]
C'est ça. En tout cas, il y a beaucoup d'espèces qui partagent des éléments
[Conférencier 2]
assez communs. Enfin, ça, de toute façon, c'est l'évolution, mais c'est vrai
[Conférencier 2]
qu'il y a beaucoup, beaucoup, en tout cas, d'espèces qui partagent
[Conférencier 2]
ces caractéristiques communes.
[Conférencier 1]
Toi qui fais de la captation sonore depuis quelques années et aussi de la photographie naturaliste,
[Conférencier 1]
en quoi le son est-il aussi un outil de mesure
[Conférencier 1]
des écosystèmes et de la biodiversité ?
[Conférencier 2]
Pour juste reparler un tout petit peu de moi, pour que les gens
[Conférencier 1]
peut-être comprennent dans le podcast un petit peu
[Conférencier 2]
la démarche aussi, c'est que moi, au départ, je suis musicien, donc je fais de la clarinette.
[Conférencier 2]
Je ne suis pas du tout dans le milieu de l'enregistrement au départ. J'ai fait des études qui
[Conférencier 2]
m'ont poussé à l'enregistrement d'instruments de musique, etc., mais je ne me suis
[Conférencier 2]
intéressé que très tardivement à la prise de son animalière.
[Conférencier 2]
Et en fait, la prise de son animalière, c'est déjà un peu restreindre quelque chose.
[Conférencier 2]
En parlant de ça, on va dire que ça, c'est un peu arrivé en même temps que
[Conférencier 2]
la photographie animale, hier, il y a quatre ans, cet intérêt pour le vivant.
[Conférencier 2]
Il y a trois grandes familles dont je peux parler, que je connais
[Conférencier 2]
assez bien. Moi, j'en fais partie d'une en particulier, mais qui caractérise
[Conférencier 2]
un peu la mesure, en tout cas l'écoute des écosystèmes
[Conférencier 2]
et de la biodiversité par le son. Donc on a, en tout cas, le plus
[Conférencier 2]
représenté, ce qu'on appelle la bioacoustique. La bioacoustique, c'est le fait
[Conférencier 2]
de, voilà, on cible un milieu, on cible une espèce où on va chercher
[Conférencier 2]
à étudier un comportement par le son. Donc, on va
[Conférencier 2]
essayer de suivre, mesurer, comprendre. En général, les bioacousticiens
[Conférencier 2]
travaillent la plupart du temps avec des enregistreurs autonomes
[Conférencier 2]
qui les placent dans des milieux pendant une certaine durée,
[Conférencier 2]
par exemple, et utiliser ensuite des
[Conférencier 2]
outils pour analyser, par exemple, deux mois d'enregistrement sonore, essayer
[Conférencier 2]
d'identifier quelles espèces avec quelles occurrences ces
[Conférencier 2]
espèces en question se sont exprimées. Je ne sais pas, je prends un exemple, un
[Conférencier 2]
rossignol qu'on a entendu chanter tous les mardis.
[Conférencier 2]
Voilà, c'est un rossignol du mardi. Ce rossignol, on va pouvoir dire à tel
[Conférencier 2]
endroit, il s'est mis à s'exprimer, à faire peut-être des études
[Conférencier 2]
comme ça sur des milieux et pouvoir identifier
[Conférencier 2]
des répartitions d'espèces. La bioacoustique, voilà, c'est un tout petit pan
[Conférencier 2]
de la bioacoustique dont je parle. Il y a plein de choses qui sont sous-jacentes,
[Conférencier 2]
par rapport à ça. Notamment, aujourd'hui, c'est un métier qui évolue
[Conférencier 2]
à une vitesse phénoménale parce qu'en fait, avec l'arrivée d'intelligence artificielle,
[Conférencier 2]
et je peux en parler parce que je l'utilise un peu dans ce cadre-là, aujourd'hui,
[Conférencier 2]
il est possible de pouvoir détecter avec des modèles d'intelligence artificielle les occurrences
[Conférencier 2]
d'oiseaux, les reconnaître et les classifier et faire déjà
[Conférencier 2]
une pré-prod de quelle espèce
[Conférencier 2]
a été écoutée. Parce qu'en fait, avant cette arrivée-là,
[Conférencier 2]
il y avait quelques algorithmes de machine learning mais qui n'étaient pas suffisamment pointilleux
[Conférencier 2]
et qui permettaient de faire une première ébauche assez,
[Conférencier 2]
on va dire, je ne pense pas aussi qualitative que ce qu'on est capable de faire aujourd'hui.
[Conférencier 2]
Donc, il faut imaginer que ça prenait du temps.
[Conférencier 1]
Oui, c'est un travail colossal.
[Conférencier 2]
C'est ça. Il y avait quand même des moyens de détection, etc. Mais voilà. Alors, je précise,
[Conférencier 2]
je ne suis pas bioacousticien, je suis intéressé au milieu. J'en connais quelques-uns.
[Conférencier 2]
Je n'ai pas mené beaucoup d'entretiens ou d'interviews avec ces personnes-là, mais en tout cas,
[Conférencier 2]
je sais que de source sûre, parce que j'ai suivi
[2]
une conférence au Muséum d'Histoire
[Conférencier 2]
Naturelle sur l'intelligence artificielle dans les milieux de la recherche
[Conférencier 2]
et il y avait notamment Jérôme Sueur qui en parlait de son point de vue à lui de
[Conférencier 2]
bioacousticien, mais que voilà, ça lui permettait d'accélérer de manière colossale son travail.
[Conférencier 2]
Pour autant, faut-il encore avoir la matière pour pouvoir
[Conférencier 2]
faire apprendre à la machine et aux modèles ce qui
[Conférencier 2]
est telle ou telle espèce qui n'est pas forcément
[Conférencier 2]
ou suffisamment représentée. Donc, il y a toujours quand même une sorte de limite et une sorte aussi de limite
[Conférencier 2]
de l'organisation des muséums du monde, c'est-à-dire que si
[Conférencier 2]
un muséum, on va dire, organise sa sonothèque d'une certaine façon,
[Conférencier 2]
ça ne sera pas la même chose que la sonothèque
[Conférencier 3]
du Muséum de Paris par rapport à celle du Muséum
[Conférencier 2]
de Suisse. Chacun a aussi un petit peu sa propre nomenclature
[Conférencier 2]
et il y a quelque chose d'un peu de... Voilà. Si tout le monde mettait
[Conférencier 2]
à contribution sa logique commune de taxonomie
[Conférencier 2]
du son pour la recherche, il y aurait peut-être des avancées encore
[Conférencier 2]
plus notables de ce point de vue-là, mais voilà, c'est toujours une autre problématique. Enfin, voilà.
[Conférencier 2]
Je m'égare un petit peu du sujet. Je reviens sur la question,
[Conférencier 2]
mais ça, pour moi, la bioacoustique, c'est un des pans les plus sensés
[Conférencier 2]
qui permet vraiment, en tout cas, de mesurer en tant que tel la biodiversité dans un temps donné.
[Conférencier 2]
Il y a autre chose qui est
[Conférencier 2]
l'écoacoustique. Donc là, c'est le fait d'écouter un paysage sonore de manière
[Conférencier 2]
totalement pleine, entière. On va venir justement
[Conférencier 2]
imaginer ça plutôt en layers, la biophonie, la géophonie,
[Conférencier 3]
la technophonie,
[Conférencier 2]
en fait, il y a plein de manières de nommer ça le paysage sonore. Il y a plein de manières
[Conférencier 2]
de le signifier, de l'exprimer. Pierre Schaeffer,
[Conférencier 2]
qui est un compositeur
[Conférencier 1]
de musique concrète, a parlé
[Conférencier 2]
de ça d'une certaine manière, avec ses
[2]
propres termes. Murray Schafer,
[Conférencier 2]
qui a introduit le paysage sonore d'une autre façon.
[2]
Bernie Krausee l'amène d'une autre façon.
[Conférencier 2]
En fait, il y a beaucoup de visions, et
[Conférencier 2]
c'est vrai que c'est difficile d'établir une vision simple et
[Conférencier 2]
stable, puisque, en fait, chacun vient d'un milieu différent. La bioacoustique,
[Conférencier 2]
la musique, l'écriture, la recherche, juste le fait d'être
[Conférencier 2]
un preneur de son. Je vais en parler juste après, mais d'être du naturaliste.
[Conférencier 2]
Voilà, il y a autant de visions possibles et de coups de termes à employer
[Conférencier 2]
que ce qui fait que c'est très large, en fait, de réussir à résumer
[Conférencier 2]
un paysage sonore. Il y a beaucoup plus de termes, finalement, que
[Conférencier 2]
d'éléments qui le composent, je trouve, aujourd'hui. Mais voilà, c'est pas
[Conférencier 2]
du tout inintéressant. Il y a des pans, il y a des moyens de traverser,
[Conférencier 2]
un milieu de recherche à un autre. Il y a des
[Conférencier 2]
manières de communiquer en musique qui sont communes avec celles de la science. Et voilà, on arrive
[Conférencier 2]
vraiment dans une sorte de lieu assez vaste.
[Conférencier 2]
En tout cas, pour revenir sur l'écho-acoustique, voilà, on va,
[Conférencier 2]
pareil, donner des indices à travers biophonie, géophonie,
[Conférencier 2]
technophonie, des indices acoustiques et suivre un petit peu l'évolution au fil du temps
[Conférencier 2]
d'espaces, de paysages sonores. Pareil, c'est une autre manière un peu de mesurer
[Conférencier 2]
les écosystèmes, la biodiversité, c'était comme ça, et l'audionaturalisme.
[Conférencier 2]
Donc, l'audionaturalisme, qu'est-ce que c'est ? Eh bien, on ne sait pas.
[Conférencier 2]
C'est
[2]
Fernand Deroussen qui est un
[Conférencier 2]
preneur de son, qui a travaillé pendant des années, des années,
[Conférencier 2]
qui a enregistré des centaines, des milliers d'oiseaux,
[Conférencier 2]
je pense que je peux même aller plus que des milliers, mais qui a enregistré énormément
[Conférencier 2]
pendant sa vie, le vivant, et qui a proposé cette définition
[Conférencier 2]
de... cette définition, encore à définir, du coup,
[Conférencier 2]
ce comportement d'aller enregistrer le vivant, en tout cas, c'est ça que
[Conférencier 2]
chacun se raconte, c'est plus une pratique, en fait, l'audionaturalisme.
[Conférencier 2]
C'est vraiment venir aller enregistrer à des moments clés
[Conférencier 2]
des espèces animales, des espèces d'oiseaux, qui révèlent un peu
[Conférencier 2]
d'un patrimoine à un temps donné.
[Conférencier 2]
En tout cas, moi, je le vois comme vraiment
[Conférencier 2]
l'équivalent de la photographie animalière,
[Conférencier 1]
mais adaptée au son.
[Conférencier 2]
L'audionaturalisme, pour moi, c'est de la photographie, animalière, parce que c'est
[Conférencier 2]
de venir pointer, à un moment donné, une espèce. Et ce que je trouve
[Conférencier 2]
vraiment chouette dans cette vision-là, c'est ce rapport, du coup, au fait que ce soit
[Conférencier 2]
très analogue, pour moi, à la photographie, et c'est que, oui,
[Conférencier 2]
dans le cas, par exemple, de Bernie Krause, qui, pour moi, est un audionaturaliste,
[Conférencier 2]
en quelque sorte, c'est quelqu'un qui s'est dit, tiens, allez, je vais enregistrer une forêt,
[Conférencier 2]
mais dans les années 50, quoi, et se dire, tiens,
[Conférencier 2]
je vais enregistrer la même 20 ans plus tard,
[Conférencier 3]
pour voir ce qui s'est passé, parce que j'ai appris,
[Conférencier 2]
qu'il y a eu, justement, des coupes rases, au niveau de cette forêt.
[Conférencier 2]
Et, en fait, il a fait tout un livre, et d'ailleurs, il y a eu une exposition
[Conférencier 2]
à Paris, de ça, à la Fondation Cartier,
[Conférencier 2]
alors, je ne sais plus en quelle année,
[Conférencier 3]
en 2010,
[Conférencier 2]
c'était dans les années 2010, 2017, je ne sais plus,
[Conférencier 2]
où il a montré, un petit peu, toute une suite d'écoutes,
[Conférencier 2]
avant-après, donc, on laisse un temps s'écouler
[Conférencier 2]
suffisamment important, et on fait se rendre compte
[Conférencier 2]
aux gens de comment le milieu s'est transformé par
[Conférencier 2]
l'action humaine.
[Conférencier 3]
Et, en fait,
[Conférencier 2]
c'est complètement dingue. Et je trouve que ça, c'est aussi un des témoins, peut-être, les plus
[Conférencier 2]
forts, parce qu'on vous dit, ben tiens, regardez avant comment c'était, et regardez après
[Conférencier 2]
comment c'est maintenant. Et, voilà, c'est
[Conférencier 2]
toutes ces branches, en tout cas, du son liées au vivant,
[Conférencier 2]
elles ont vraiment, en tout cas, plein d'outils,
[Conférencier 2]
d'armes. Et, pour l'audio-naturaliste, c'est tout simplement le micro,
[Conférencier 2]
c'est même pas de faire des tableurs, ou des tableaux de statistiques,
[Conférencier 2]
c'est vraiment juste le son, en tant que tel. Et c'est ça que je trouve assez magique.
[Conférencier 2]
Et, moi, en tout cas, j'essaye, et j'envisage
[Conférencier 2]
de pouvoir vraiment un peu perpétuer ce travail-là, de faire des prises de son à des instants donnés,
[Conférencier 2]
et de pouvoir les restituer quelques années plus tard, et de voir déjà
[Conférencier 2]
une différence notable, en même quelques années. C'est pas si compliqué,
[Conférencier 2]
je pense, à la dune du Pila, mais... J'avais fait des enregistrements dans la dune du Pila,
[Conférencier 2]
au niveau de la dune, la forêt de pin qui a brûlé
[Conférencier 3]
il y a quelques années. Aujourd'hui,
[Conférencier 2]
je retournerai l'enregistrer pour voir ce que ça a donné,
[Conférencier 2]
mais il y a eu une perte de biodiversité totale. Et ça, c'est un feu
[Conférencier 2]
qui s'est propagé, qui a transformé le paysage.
[Conférencier 2]
Des fois, ça peut être des transformations naturelles,
[Conférencier 3]
ça peut être un cours d'eau
[Conférencier 2]
qui s'est façonné différemment à travers les âges, mais parfois, c'est les actions humaines
[Conférencier 2]
ou les catastrophes naturelles qui mènent à des transformations qui sont...
[Conférencier 2]
En fait, on les oublie, au final, presque.
[Conférencier 2]
On oublie qu'il y avait une forêt de pin et qu'il y avait une pinède
[Conférencier 2]
à côté de la dune du Pila. On voit la dune, mais on ne voit pas le reste.
[Conférencier 2]
Et voilà, c'est ces choses-là que je trouve assez dingues.
[Conférencier 2]
En tout cas, voilà, c'est... C'est un...
[Conférencier 2]
C'est pour moi un des... Le son, pour moi, c'est vraiment une forme
[Conférencier 2]
la plus... Une des formes, en tout cas, les plus nobles
[Conférencier 2]
de montrer les changements climatiques, les évolutions
[Conférencier 2]
qui sont liées vraiment au réchauffement
[Conférencier 2]
et à l'écologie, quoi. C'est un des marqueurs les plus intéressants, je trouve.
[Conférencier 3]
Oui, c'est ça, c'est un témoin vraiment net
[Conférencier 3]
utilisé par les chercheurs.
[Conférencier 2]
Et ce que je trouve intéressant, c'est que, du point de vue de la bio-acoustique,
[Conférencier 2]
utiliser l'intelligence artificielle dans l'idée de pouvoir plus rapidement
[Conférencier 2]
faire des analyses de milieux et constater des évolutions plus rapidement,
[Conférencier 2]
c'est super de pouvoir dire, là, regardez, en 5 ans, on a perdu
[Conférencier 2]
20% d'espèces. On entend 20% d'espèces en 20, quoi.
[Conférencier 2]
En fait, ça, on va être d'autant plus capable de pouvoir le formuler et le dire
[Conférencier 2]
grâce aux nouveaux outils qui sont disponibles.
[Conférencier 2]
L'IA travaille de pair avec le son et la science pour arriver à des résultats
[Conférencier 2]
assez intéressants.
[Conférencier 3]
Oui, on peut dire que sur cet aspect-là, c'est plutôt positif
[Conférencier 3]
que l'IA ait trouvé l'évolution.
[Conférencier 2]
C'est ça, dans cette perspective du son, là, c'est très, très positif.
[Conférencier 2]
Je pense qu'il faut absolument s'armer de ces choses-là, de s'armer de ces nouvelles technologies,
[Conférencier 2]
de se les approprier le plus vite possible pour s'en servir
[Conférencier 2]
pour faire prévaloir ces domaines de recherche
[Conférencier 2]
qui méritent d'être encore plus visibles, je pense.
[Conférencier 3]
Oui, parce que là, c'est pas pour lutter contre...
[Conférencier 1]
Enfin, c'est pas pour aller contre le vivant, mais c'est pour lutter contre sa disparition,
[Conférencier 1]
quelque part. Donc, c'est utilisé à bon escient
[Conférencier 1]
et c'est comme ça que ça devrait être pour tous les domaines. Mais bon, là, on va faire...
[Conférencier 1]
On va pas parler d'IA. On digresserait trop.
[Conférencier 1]
On va poursuivre avec une seconde petite sous-partie.
[Conférencier 1]
Si on questionnait tous les humains, chacun saurait nous citer
[Conférencier 1]
un son qui les horripile et un son qui les détend. Je pense que t'es d'accord avec moi.
[Conférencier 1]
Et pourquoi est-ce que nous, humains, sommes-nous si sensibles
[Conférencier 1]
au son ? Pour quelles raisons les chants d'oiseaux, la sonothérapie,
[Conférencier 1]
les bruits blancs de la mer ou encore la musique nous affectent-ils
[Conférencier 1]
si positivement ?
[Conférencier 2]
Il y a beaucoup de recherches récentes à ce sujet-là. Il y en a toujours eu
[Conférencier 2]
des recherches sur l'impact du son sur notre cerveau.
[Conférencier 2]
C'est vrai que le son, en fait, de fait, comme c'est quelque chose
[Conférencier 2]
qui est très ancré en nous depuis très tôt dans notre vie, ça va venir directement
[Conférencier 2]
appeler des couches très profondes de notre système
[Conférencier 2]
nerveux. L'oreille n'est pas juste un micro,
[Conférencier 2]
c'est une zone du cerveau aussi qui va gérer plein de choses.
[Conférencier 2]
Comme on parlait tout à l'heure, des alertes entre espèces,
[Conférencier 2]
ça peut être aussi en lien avec une émotion, une orientation.
[Conférencier 2]
Le cas d'un bruit soudain, par exemple,
[Conférencier 2]
va venir déclencher un réflexe d'orientation.
[Conférencier 2]
On va tourner la tête, le cœur va s'accélérer.
[Conférencier 2]
Voilà, c'est plein de choses qui se préparent dans notre tête.
[Conférencier 2]
À l'inverse, tu parlais de bruit blanc,
[Conférencier 2]
ce genre de choses. Il y a des sons qui sont beaucoup plus réguliers, beaucoup plus prévisibles,
[Conférencier 2]
qui sont moins des signaux, on va dire, au sens
[2]
Schaefférien, enfin, Murray Schaférien
[Conférencier 2]
du terme, parce qu'il y a deux
[2]
Schafer
[Conférencier 2]
Comme la pluie aussi. La pluie, c'est quelque chose qui peut être très
[Conférencier 2]
régulier. Il y a une évolution de la pluie, mais sur un long terme,
[Conférencier 2]
un plus long terme, en tout cas, qui est un simple signal.
[Conférencier 2]
Un ressac de vagues. Il y a certains
[Conférencier 2]
champs d'oiseaux aussi. Il y a beaucoup, beaucoup d'études qui disent que les champs d'oiseaux, effectivement,
[Conférencier 2]
écoutez, un certain nombre de minutes de champs d'oiseaux
[Conférencier 2]
apaisent le cerveau. En tout cas, il y a effectivement des mesures qui sont faites qui
[Conférencier 2]
démontrent qu'il y a des stabilisations du rythme cardiaque, de la respiration.
[Conférencier 2]
Après, voilà, moi qui ai fait de la recherche, je sais que
[Conférencier 2]
quand on veut faire des études, et en tout cas,
[Conférencier 2]
des cas d'études, on a un certain panel de personnes.
[Conférencier 2]
On essaie de faire le plus droit possible. C'est de la recherche.
[Conférencier 2]
Il y a toujours des fois des fluctuations dans
[Conférencier 2]
la recherche. Dans les données, il y a toujours une marge
[Conférencier 2]
d'erreur qui est existante, mais effectivement, il y a quand même une sorte de majorité
[Conférencier 2]
d'études qui ont l'air d'avoir une sorte de tendance à dire que oui,
[Conférencier 2]
les sons qui sont plus ou moins réguliers, prévisibles, comme les sons de pluie
[Conférencier 2]
qui se rapprochent en tout cas d'un bruit blanc, peuvent
[Conférencier 2]
permettre effectivement de se détendre et en tout cas d'abaisser un rythme
[Conférencier 2]
cardiaque. Effectivement, je pense que si quelqu'un claque une porte derrière moi, là, tout de suite,
[Conférencier 2]
mon cœur se met à battre extrêmement rapidement. J'ai l'impression que quelqu'un est rentré chez moi, ça me fait peur.
[Conférencier 2]
Oui. Donc, voilà, il y a effectivement beaucoup
[Conférencier 2]
de choses de ce point de vue-là. Je pense que d'un point de vue de la musique,
[Conférencier 2]
t'en parlais aussi, il y a un truc que le cerveau aime
[Conférencier 2]
beaucoup, et ça, il y a pas mal d'études qui en parlent, c'est
[Conférencier 2]
motifs répétés, en tout cas, c'est obsédé
[Conférencier 3]
par des caractéristiques.
[Conférencier 2]
Voilà, c'est ça. On cherche aussi
[Conférencier 2]
à prédire un peu qu'est-ce qui va suivre tel morceau ou à venir
[Conférencier 2]
chanter par-dessus. La musique, voilà, je joue vraiment là-dessus. On va chercher
[Conférencier 2]
à anticiper des choses, des rythmes. Il y a
[Conférencier 2]
beaucoup de choses aussi de ce point de vue-là.
[Conférencier 2]
Et il y a un autre point aussi que je trouve beaucoup plus poétique, là, pour le coup,
[Conférencier 2]
et beaucoup moins scientifique, mais c'est-à-dire que le son, c'est aussi lié à des souvenirs
[Conférencier 2]
qui peuvent être très forts dans le cerveau. On est capable
[Conférencier 2]
de souvenirs de son qui viennent d'arriver dans un temps
[Conférencier 2]
très court. Par exemple, quelqu'un qui a dit quelque chose, leur dire
[Conférencier 2]
une minute après, ce n'est pas toujours très évident. On a une mémoire immédiate qui est
[Conférencier 2]
assez spécifique. Pour autant, il y a des sons qui, un peu, sont capables de nous marquer
[Conférencier 2]
à la vie, quoi. Comme des musiques,
[Conférencier 3]
évidemment, des chansons.
[Conférencier 2]
Notre premier amour, je ne sais pas, par exemple. Où tu danses
[Conférencier 2]
un slow et que tu as écouté cette musique et que tu associes cette musique à cette personne, effectivement, ça va te marquer
[Conférencier 2]
à la vie et ça va réactiver des émotions assez vives. Et ça, voilà, pas besoin
[Conférencier 2]
forcément d'aller très loin pour que chacun
[Conférencier 2]
et chacune le comprenne. On est sensibles aux sons
[Conférencier 2]
par plein de manières différentes, que ce soit de notre physiologie,
[Conférencier 2]
notre système plutôt lié primitif d'alerte
[Conférencier 2]
et notre mémoire, quoi. C'est vraiment, en tout cas, lié à notre cerveau.
[Conférencier 2]
C'est vraiment le cerveau qui nous joue des tours à chaque fois.
[Conférencier 3]
Oui, oui, c'est certain.
[Conférencier 2]
Je ne parle pas de la psycho-acoustique, mais c'est tout un champ aussi.
[Conférencier 3]
Ah ouais, la psycho-acoustique, je ne connais pas.
[Conférencier 2]
La psycho-acoustique, c'est ce champ
[Conférencier 2]
de la recherche qui va venir, justement, un peu tromper le cerveau. Il y a pas mal
[Conférencier 2]
d'effets, en tout cas. Il y a un effet qui est... En fait, c'est beaucoup utilisé au cinéma, mais tu as ce son
[Conférencier 2]
qui te donne l'impression qu'il est en évolution continue
[Conférencier 2]
vers l'aigu. Tu as l'impression qu'il monte tout le temps. De Shepard, c'est la montée
[Conférencier 2]
de Shepard. Tu as l'impression que ce son est totalement
[Conférencier 2]
continu. En fait, non, c'est une boucle qui redescend à chaque fois. Mais tu donnes l'illusion à ton oreille
[Conférencier 2]
que ce son est en perpétuel monté. Il n'arrête jamais.
[Conférencier 2]
Et ça, voilà, c'est des phénomènes psycho-acoustiques sur lesquels on joue
[Conférencier 2]
pour tromper le cerveau, comme on est trompe-l'œil, visuellement
[Conférencier 2]
parlant. L'oreille se fait avoir pour plein d'autres raisons aussi.
[Conférencier 2]
Comme au cinéma également. Au cinéma, il faut savoir quand même que c'est truqué.
[Conférencier 2]
Beaucoup de choses sont truquées.
[Conférencier 3]
C'est pas vrai.
[Conférencier 2]
Mais partout, tout le temps. Et peu de choses sont vraiment ici du direct.
[Conférencier 2]
Enfin, je dis ça, ça dépend des films, mais je veux dire, il y a beaucoup de trucages dans le cinéma.
[Conférencier 2]
Et ça, c'est la même chose. C'est qu'on a tendance, notre cerveau, avec les 24 images par seconde,
[Conférencier 3]
à accepter très facilement
[Conférencier 2]
des aberrations de rythme dans la vitesse qui sont assez
[Conférencier 2]
fulgurantes. En tout cas, voilà, pour les personnes les moins sensibles, en tout cas. Je connais des personnes
[Conférencier 2]
qui travaillent dans ce milieu-là, très précisément. Moi, c'est quelque chose qui m'a beaucoup intéressé
[Conférencier 2]
pendant mes études, que j'ai pas poursuivi parce que c'est très vaste, mais
[Conférencier 2]
c'est un domaine de recherche qui est dingue. Notamment, un autre exemple,
[Conférencier 2]
c'est un 1000 Hz. Tantôt un 1000, donc vraiment
[Conférencier 2]
la fréquence 1000 Hz. Alors, j'espère ne pas dire
[Conférencier 2]
de bêtises, il faudrait que je vérifierais peut-être à près ça, mais
[Conférencier 2]
t'as tendance à, quand il est envoyé de front en face de toi, t'as l'impression de l'entendre à l'arrière.
[Conférencier 2]
Oui. En fait, ça c'est un phénomène psycho-acoustique qui s'explique par
[Conférencier 2]
la forme de ta tête. La forme de ta boîte crénienne fait de sorte
[Conférencier 2]
et la position de tes oreilles te donne l'impression que cette fréquence
[Conférencier 2]
qui t'arrive de face, t'as l'impression de l'entendre à l'arrière.
[Conférencier 3]
Donc ça, voilà, c'est lié aussi à la
[Conférencier 2]
cavité osseuse de la tête. Et voilà,
[Conférencier 2]
il y a plein de phénomènes qui sont liés à ça et sur lesquels on peut jouer. Pareil, on peut
[Conférencier 2]
parler de binaural, on peut parler de tout ça. Mais tout ça en découle en fait de la psycho-acoustique.
[1]
Oui, ASMR et compagnie.
[Conférencier 2]
En tout cas, oui, l'ASMR, l'ASMR, pour le coup,
[Conférencier 2]
c'est un petit peu différent parce que là, c'est plus le travail, je dirais, sur des matières, sur
[Conférencier 2]
la texture. Mais oui, dans l'ASMR, il y a du binaural.
[Conférencier 1]
L'aspect binaural, justement, c'est ça qui
[Conférencier 2]
m'y a fait penser. Oui, tout à fait. Je pensais plus en termes de texture, l'ASMR,
[Conférencier 2]
mais c'est vrai que c'est en tout cas un champ de création
[Conférencier 2]
assez intéressant. Il y a beaucoup de scepticisme par rapport à ça, mais je pense que
[Conférencier 2]
effectivement, l'ASMR, c'est un champ de création assez intéressant.
[Conférencier 1]
Disons que ça horripile certains et d'autres comme moi qui sont
[Conférencier 1]
très sensibles, ça me met les frissons. Certains sont, pas tous. Et c'est là où on va
[Conférencier 2]
revenir, effectivement, et je pense qu'on va en reparler à plein de moments, mais ça dépend vraiment de chacun et de son
[Conférencier 3]
expérience des sons.
[Conférencier 2]
Je pense qu'il y a vraiment une harmonie qui existe entre individus et au sein
[Conférencier 2]
d'un individu même.
[Conférencier 1]
Oui, c'est sur ça que je voulais rebondir, justement, montrer que certes,
[Conférencier 1]
on a des mécanismes archaïques issus de notre passé,
[Conférencier 1]
de mammifères susceptibles de se faire attaquer
[Conférencier 1]
par des prédateurs, et en même temps, chacun aussi, on hérite
[Conférencier 1]
peut-être de traumas ou de sensibilités différentes
[Conférencier 1]
qui fait qu'on va avoir dans notre vie actuelle des sensibilités
[Conférencier 1]
plus poussées pour le son, qu'il soit agréable ou désagréable.
[Conférencier 2]
Absolument. Moi, je sais que, par exemple, très tôt dans ma vie, mes parents
[Conférencier 2]
avaient acheté, alors qu'ils n'écoutent pas du tout de classe psychique, un
[Conférencier 2]
CD de Jean-Baptiste Lully.
[Conférencier 2]
C'est pas lui qui a fait le CD, évidemment, parce qu'il est mort depuis l'époque baroque, mais voilà.
[Conférencier 2]
C'était de la musique baroque, donc. Un bouquin qui s'appelait
[Conférencier 2]
Gilles quelque chose, je sais plus. En tout cas, ça m'a beaucoup marqué parce que je l'ai beaucoup écouté
[Conférencier 2]
et très jeune, et du coup, comme j'avais pas forcément de goût musicaux ou d'écoute particulière,
[Conférencier 2]
aujourd'hui, le baroque, j'aime beaucoup ça.
[Conférencier 3]
Oui, c'est ça, ça a influencé vraiment.
[Conférencier 2]
Ça influence ta vie dans la suite, et c'est vrai que
[Conférencier 2]
c'est vrai que c'est assez dingue. Ça crée un
[Conférencier 1]
terreau, en fait. Je pense que ce qu'on écoute, effectivement, dans les dix premières années de vie
[Conférencier 1]
détermine un petit peu tes appétences plus tard, j'ai l'impression,
[Conférencier 1]
vraiment. Je sais pas jusqu'à quel âge, parce que je pense qu'il y a des études
[Conférencier 1]
sur ça, mais dans les premières années de vie, c'est évident.
[Conférencier 2]
On aurait tendance à croire que oui, c'est le cas.
[Conférencier 2]
C'est marrant, c'est un truc qui a un peu rien à voir, mais il y a un écrivain
[Conférencier 2]
qui a écrit un bouquin, qui s'appelle 8,2
[Conférencier 2]
secondes, et en fait, pour lui, c'est le temps qui fait qu'un
[Conférencier 2]
baiser a du sens. Pour la première fois, quand deux personnes qui
[Conférencier 2]
s'aiment s'embrassent, un baiser de 8,2 secondes, ça veut dire que c'est un
[Conférencier 3]
baiser qui marche, quoi. C'est un peu sur quoi
[Conférencier 2]
il est parti, comme principe. Si c'est avant, c'est trop court. Si c'est après, c'est trop long. Enfin, bref,
[Conférencier 2]
il y a rien qui va. Il n'y a pas de vraie mutualité. Alors, j'ai essayé de me
[Conférencier 2]
faire des recherches par rapport à ça, parce que je trouvais ça un petit peu douteux, évidemment, quand on entend
[Conférencier 2]
ce genre de choses. Effectivement, il n'y a pas du tout d'études qui parlent de ça. Par
[Conférencier 2]
contre, en faisant mes recherches, je me suis rendu compte que ce qui faisait que deux
[Conférencier 2]
personnes, par exemple, fonctionnaient plus ou moins l'une avec l'autre, c'était
[Conférencier 2]
vraiment aussi un héritage du passé, de comment
[Conférencier 2]
elles s'étaient construites. Donc, s'il y avait des éléments en commun avec, même l'écoute,
[Conférencier 2]
par exemple, l'écoute de tel type de musique, etc., il y a
[Conférencier 2]
quelque chose qui va venir un peu faire se prévaloir cette personne par rapport
[Conférencier 3]
à une autre. Ah oui, ça c'est clair, oui.
[Conférencier 2]
Effectivement, quand même, il y a une sorte de
[Conférencier 2]
prédiction qui peut se faire par rapport à la construction
[Conférencier 2]
d'une personne. Et le son,
[Conférencier 2]
c'est pareil. Je suis quand même assez...
[Conférencier 2]
J'ai envie de dire que c'est quand même possible d'évoluer plus tard. Ah oui, oui, bien sûr,
[Conférencier 3]
mais je pense que ça apporte quand même, tu vois,
[Conférencier 3]
une sensibilité pour certains genres. Après, oui, tu peux tout à fait évoluer, mais je pense
[Conférencier 3]
que ce qui t'a marqué, jeune, quelque part,
[Conférencier 1]
tu vas le garder aussi. Et ça précède peut-être une influence
[Conférencier 1]
que tu peux avoir à l'adolescence, où t'écoutes des choses pour rentrer dans une
[Conférencier 1]
caste, tu vois.
[Conférencier 2]
C'est ça, pierre au groupe.
[Conférencier 1]
Ouais, alors que quand t'es petit, t'as pas encore cette notion de regard
[Conférencier 1]
et tes goûts sont vraiment authentiques.
[Conférencier 1]
Bon, bah, j'avais pas encore parlé de musique jusqu'à présent,
[Conférencier 1]
mais volontairement, parce que justement, c'est un sujet à part,
[Conférencier 1]
mais on a mis les pieds dans le plat.
[Conférencier 3]
Qu'est-ce qui différencie Thibault, une succession
[Conférencier 3]
de sang, de la musique ?
[Conférencier 2]
Là, t'as lancé une question immense, parce qu'il y a plein de manières de répondre à ça.
[Conférencier 2]
Vous avez quatre heures. C'est ça, oui, c'est très philosophique, en fait.
[Conférencier 2]
Mais voilà, s'il fallait donner une définition là, de la différence entre les deux,
[Conférencier 2]
j'essaie de l'expliquer. Bon, la succession de son, c'est des événements
[Conférencier 2]
qui se suivent, qui n'ont pas été pensés par quelqu'un, qui n'ont pas été
[Conférencier 2]
placés là, de manière logique, je dirais. C'est plus un...
[Conférencier 2]
d'ordre aléatoire. Mais d'ordre aléatoire, ça peut aussi faire référence au vivant.
[Conférencier 3]
Le vivant, est-ce que c'est...
[Conférencier 2]
La musique, elle, c'est vraiment quand il y a une intention. Pour moi,
[Conférencier 2]
il y a une intention quelque part. Alors, une intention qui est formulée ou pas, mais on a voulu
[Conférencier 2]
mettre en place quelque chose de construit.
[Conférencier 2]
Une organisation certaine. Pour moi, ce qui fait la différence entre une succession
[Conférencier 2]
de son et de la musique, c'est qu'on donne une intention.
[Conférencier 2]
Pour autant, est-ce qu'une succession de son, c'est pas de la musique concrète aussi, quelque part ?
[Conférencier 2]
Là, non, parce que c'est quelqu'un qui a eu une intention quelque part, qui a décidé d'organiser
[Conférencier 2]
des sons concrets, donc la musique concrète, pour expliquer, parce qu'on en a parlé, mais on n'a pas évoqué
[Conférencier 2]
le sujet. Je ne suis pas un expert en la matière, mais je peux un petit peu expliquer quand même.
[Conférencier 2]
C'est le fait d'enregistrer de la matière vraiment sonore, je ne sais pas, une cloche,
[Conférencier 2]
un ding-dong, ces matières-là, et l'incorporer
[Conférencier 2]
dans un processus d'écriture musicale, compositionnelle.
[Conférencier 2]
C'est souvent un souci, en tout cas, de la musique concrète, musique dite
[Conférencier 2]
contemporaine aussi. C'est cette tranche-là de la
[Conférencier 2]
musique qui va venir, en plus des instruments traditionnels, peut-être ajouter
[Conférencier 2]
de la matière, ou n'ajouter que de la matière issue de prises de sons
[Conférencier 2]
ou de synthétiseurs ou d'autres choses.
[Conférencier 3]
Oui, de bruit aussi.
[Conférencier 2]
Oui, c'est ça. Il y a François Bale dans cette lignée-là.
[Conférencier 2]
Il y a beaucoup de compositrices et compositeurs qui se sont
[Conférencier 2]
vraiment amusés avec la création de ces sons-là. Mais on a envie
[Conférencier 2]
de la décrire comme une succession de sons. C'est pour ça que ta question m'a fait
[Conférencier 3]
beaucoup... Claire, c'est que c'est une question, effectivement,
[Conférencier 3]
qui... On n'a pas vraiment de réponse parce qu'on a des contre-exemples partout.
[Conférencier 2]
Et ça dépend beaucoup de la culture aussi,
[Conférencier 3]
des personnes. C'est-à-dire que
[Conférencier 2]
effectivement, tu vas venir interpréter quelque chose comme de la musique
[Conférencier 2]
parce que t'es français, t'habites à Paris, tu connais le milieu de la musique
[Conférencier 2]
dite contemporaine, mais quelqu'un qui va découvrir ça, je sais pas, en Afrique du Sud,
[Conférencier 2]
il va trouver ça complètement dément. Il va dire c'est quoi ce charabia ? Et c'est là où
[Conférencier 2]
effectivement, on va pouvoir justement assimiler et se rendre compte
[Conférencier 2]
que chacun a son oreille. En fait, chacun va aussi... Et c'est peut-être le troisième point,
[Conférencier 2]
en plus de l'intention, en plus d'avoir quelque chose d'organisé, de comment
[Conférencier 2]
ça va être reçu par la personne, comment le cerveau va venir interpréter
[Conférencier 2]
ce qu'il va entendre. Et ça, voilà, ça va être issu de son passé, de tout ça.
[Conférencier 2]
Et en fait, chacun a sa propre définition en fait, de ce qu'est une succession de sons
[Conférencier 2]
et ce que c'est la musique. Je pense, en tout cas, s'il fallait répondre
[Conférencier 2]
dans les quatre heures.
[Conférencier 3]
Exactement. Complètement. Dans ce cas,
[Conférencier 3]
je pense qu'on peut dire que des êtres vivants autres que des humains font de la musique
[Conférencier 3]
aussi. Tout à fait.
[Conférencier 2]
Et c'est là où on voit que dans les espèces animales, il y a des
[Conférencier 2]
animaux qui produisent des structures mélodiques
[Conférencier 3]
extrêmement claires. Des structures mélodiques
[Conférencier 2]
et sonores qui relèvent vraiment de quelque chose de musical.
[Conférencier 3]
Oui, des refrains, des couplets, les chants
[Conférencier 2]
d'oiseaux. Exactement. Pour les oiseaux, c'est le plus clair. Pour les
[Conférencier 2]
baleines, à Bosse, par exemple, c'est d'autant plus véridique
[Conférencier 2]
aussi, d'autant plus que c'est des espèces, alors ça, j'avais vu ça dans mes recherches, parce que j'avais
[Conférencier 2]
fait un documentaire il y a 7-8 ans sur les baleines.
[Conférencier 3]
Elles sont sympas. Et j'avais appris
[Conférencier 2]
qu'il y avait des baleines qui partaient à une période
[Conférencier 2]
de leur année, qui s'écartaient du groupe pour essayer de renouveler leur
[Conférencier 2]
chant, donc réapprendre des nouveaux rythmes, réapprendre des nouveaux éléments. Mais comme
[Conférencier 2]
l'oiseau chanteur, l'oiseau lyre, le ménure superbe, c'est le nom qu'on donne
[Conférencier 2]
à cet oiseau, qui est capable d'entendre absolument tout ce qu'il entend et de le reproduire
[Conférencier 3]
à la perfection. Tout à fait. Que ce soit une
[3]
tronçonneuse qui coupe du bois, que ce soit
[Conférencier 3]
une alarme,
[Conférencier 2]
une notification.
[Conférencier 3]
Ouais, un bébé qui crie. Alors, le bébé qui crie,
[Conférencier 2]
ce qui peut être très marrant, c'est que ça peut aussi venir d'un oiseau. Donc, ça peut venir
[Conférencier 2]
d'un râle d'eau. Le râle d'eau, on a l'impression que c'est un bébé qui pleure. Et je pense que
[Conférencier 2]
en Amérique du Sud, là où se trouve le ménure superbe, il y a des chances qu'on puisse
[Conférencier 2]
aussi entendre des espèces proches du râle d'eau qui font...
[Conférencier 2]
qui feraient à peu près le même bruit. En tout cas, tout ça pour revenir sur le fait qu'effectivement, il y a plein d'espèces
[Conférencier 2]
qui, comme la baleine, qui vont venir, faire évoluer leur chant, qui ont des structures
[Conférencier 2]
extrêmement mélodiques, extrêmement sympathiques pour notre oreille,
[Conférencier 2]
et qui ont, de fait, très probablement, peut-être c'est pas le cas, ou plus
[Conférencier 2]
tard pour les baleines, mais en tout cas pour les oiseaux, ont inspiré la création musicale.
[Conférencier 2]
Ça, c'est un fait, mais inspiré même
[Conférencier 2]
à imaginer, à faire de la musique.
[Conférencier 3]
Ça, c'est peut-être quelque chose qui a pu être anticipé
[Conférencier 2]
par les sons de la nature. En tout cas, on peut effectivement
[Conférencier 2]
dire que les êtres humains
[Conférencier 3]
n'ont pas l'apanage de la musique.
[Conférencier 2]
Pas, effectivement, le monopole de la création musicale. Et je pense qu'effectivement,
[Conférencier 2]
il y a beaucoup de gens qui seraient d'accord pour le dire aussi.
[Conférencier 3]
Oui, puis il y a aussi, là, on pensait à des choses très vocalisées,
[Conférencier 3]
mais il y a aussi tous les animaux percussionnistes
[Conférencier 3]
qui se servent des percussions pour différents usages, et notamment,
[Conférencier 3]
si on devait citer que ça, pour la reproduction, pour les paranuptiales.
[Conférencier 3]
Et c'est assez dingue aussi de voir comment le son peut être
[Conférencier 2]
polymorphe. Absolument. C'est magique. Moi, je trouve
[Conférencier 2]
ça assez magique. On ne peut pas dire ça autrement.
[Conférencier 3]
C'est fou que ça existe. Ah oui, complètement.
[Conférencier 2]
C'est fascinant quand même. Je me dis, putain, mais comment j'ai pu ne pas m'intéresser
[Conférencier 2]
à ça plus tôt, parce que c'est tellement vaste. Il y a tellement à apprendre du vivant
[Conférencier 2]
à travers ce prisme-là, mais même seulement du son. C'est tellement dingue.
[Conférencier 2]
Et de voir les évolutions aussi du son dans les différents
[Conférencier 2]
espaces, différents... Biotopes, oui. Biotopes en ville, par exemple.
[Conférencier 2]
Les oiseaux qui chantent plus fort, ce genre de choses. Ça, c'est un exemple parmi tant d'autres, mais ça peut
[Conférencier 2]
aussi indiquer l'état de santé d'un
[Conférencier 3]
oiseau, un chant qu'on entend.
[Conférencier 2]
Puis il y a des variations, il y a des choses un peu magiques. Il y a un arboretum
[Conférencier 2]
qui existe en France, où on entend un coucou. Ce n'est pas
[Conférencier 2]
coucou qui fait coucou, coucou.
[Conférencier 3]
Ah, il en fait trois ? Il en fait trois.
[Conférencier 2]
Et en fait, il y a plein d'exceptions, plein d'évolutions,
[Conférencier 2]
de choses qu'on ne sait pas toujours expliquer, même au sein des mêmes espèces. J'avais entendu,
[Conférencier 2]
parce que oui, je n'ai pas parlé de ça, mais quand je parlais de dieu naturaliste, moi je fais partie d'une association
[Conférencier 2]
de dieux naturalistes de France. Donc il y a une trentaine
[Conférencier 2]
ou une quarantaine de personnes, je pense, voire un peu plus, qui font partie de cette association, créée
[Conférencier 2]
au départ par Fernand Déroussen, chef de file, voilà, c'est ça,
[Conférencier 2]
du naturalisme. Donc il y avait quelqu'un qui avait fait un montage
[Conférencier 2]
plein de fauvettes à tête noire. Alors je ne sais plus si c'est
[Conférencier 3]
fauvettes à tête noire ou je dehors, c'est un passereau
[Conférencier 2]
en tout cas assez commun. Et en fait, on écoutait pendant cinq minutes
[Conférencier 2]
que de la fauvette, et on entendait les différents rythmes
[Conférencier 2]
qu'elle pouvait avoir selon les espaces où elle avait été enregistrée.
[Conférencier 2]
Des fois c'est très rapide, des fois c'est vachement
[Conférencier 3]
plus lent, des fois c'est pas tout à fait la hauteur
[Conférencier 2]
estimée, et c'est là où on se rend compte que oui, en fait, en comparant de ce
[Conférencier 3]
point de vue-là, chaque
[Conférencier 2]
fauvette a sa caractéristique
[Conférencier 3]
propre. Pareil, les systèmes d'apprentissage
[Conférencier 2]
des oiseaux, c'est magnifique, mais voilà, ça indique beaucoup sur l'état
[Conférencier 2]
de santé, donc il faudrait réussir à créer des... ça j'ai pas vu s'il y avait des recherches à ce niveau-là,
[Conférencier 2]
mais des centaines d'enregistrements d'espèces, mais en tout cas fait, si possible
[Conférencier 2]
avec le même enregistreur, la même fréquence d'échantillonnage, pas transformé, parce que dès que tu transformes un son,
[Conférencier 2]
du coup la hauteur ne fait plus sens, donc ouais, il y a tout un procédé assez rigoureux
[Conférencier 2]
et scientifique à mettre en place, mais on pourrait se dire, ben tiens, à partir du champ, on pourrait
[Conférencier 2]
dater un oiseau, on pourrait voir si l'oiseau est en bonne santé ou pas à partir de son champ.
[Conférencier 2]
On parle des modèles d'IA, mais c'est en tout cas
[Conférencier 3]
la manière la plus simple en tout cas d'y parvenir
[Conférencier 2]
et de réussir à faire des modèles probabilistes d'études d'état de santé des oiseaux
[Conférencier 2]
et ce serait assez fort de réussir à faire ce genre de choses.
[Conférencier 2]
En tout cas, voilà, il y a des milliers d'exemples comme ça.
[Conférencier 1]
Et puis on se rend pas compte, mais tu viens de me tendre la perche, mais effectivement,
[Conférencier 1]
les oiseaux ont des patois différents en fonction de là où ils se trouvent.
[Conférencier 1]
Et on pourrait croire que quand on a une oreille pas du tout affûtée, on pourrait croire que c'est
[Conférencier 1]
la même ritournelle en fonction d'une région à l'autre de France.
[Conférencier 1]
Puis en fait, pas du tout. Il y a vraiment des variations, des couplets en plus,
[Conférencier 1]
puis il y a aussi les oiseaux imitateurs, donc tu les as évoqués tout à l'heure, mais en France,
[1]
on a quand même l'étourneau sansonnet qui sont
[Conférencier 1]
des plus grands imitateurs.
[2]
Mais le geai est pas mal quand tu décides de le faire aussi. Le geai du chêne, c'est un oiseau qui
[Conférencier 2]
que je photographie beaucoup et que j'enregistre beaucoup au cimetière du Père Lachaise.
[Conférencier 2]
Et lui, pour le coup, c'est un petit malin. Vraiment,
[Conférencier 1]
je pense qu'en termes de me faire avoir, il m'a eu
[Conférencier 3]
pas mal de fois, parce que lui, comme il a
[Conférencier 2]
un... Alors, je sais pas, je pourrais... J'ai pas fait de recherche à ce niveau-là à nouveau, je parle avec des gros guillemets
[Conférencier 2]
pour ça, mais l'étourneau, on connaît le son de l'étourneau.
[Conférencier 2]
Il est assez caractéristique. Même s'il imite un oiseau, on reconnaît
[Conférencier 3]
que c'est un étourneau, parce que déjà,
[Conférencier 2]
il y a une suite d'artefacts dans le champ qui sont présents. C'est pas comme un ménure
[Conférencier 2]
parfaite, le son. C'est plein d'artefacts, plein de mélanges
[2]
de choses. Pour autant, le geai, il arrive vraiment
[Conférencier 2]
à faire des mimiques assez perturbantes quand il se décide à le faire. Et
[Conférencier 3]
Corneille aussi. Corneille
[Conférencier 2]
s'y attend aussi. Pas vraiment quoi.
[Conférencier 3]
Les corvidés sont d'une intelligence déjà bien remarquable
[Conférencier 3]
de manière générale. Absolument. Je pense qu'ils s'en servent pour des tournées
[Conférencier 3]
usurpées aussi, volées.
[Conférencier 2]
C'est ça. Et en tout cas, les patois des oiseaux, c'est comme les patois chez nous.
[Conférencier 2]
C'est-à-dire que le breton, c'est carrément...
[Conférencier 2]
C'est carrément une langue à part entière. Mais moi, je suis franc-comptois, par exemple. L'accent ne s'entend pas du tout
[Conférencier 2]
au micro, mais je peux vous dire que ma famille a un accent extrêmement marqué.
[Conférencier 2]
Et ce qui est assez magique, parce que dès qu'on part... Alors moi, je viens du Doubs, mais
[Conférencier 2]
si on va dans le haut-doubs, donc moi, je viens pas du haut-doubs, je viens de l'autre partie,
[Conférencier 2]
il y a une différence
[Conférencier 3]
dingue. Et par village, quoi.
[Conférencier 2]
Vraiment, les gens se parlent entre eux. En fait, ils sont vraiment dans une sorte de
[Conférencier 2]
bulle. Et ces accents sont magnifiques, je trouvais. C'est vraiment comme les oiseaux, quoi.
[Conférencier 2]
On est vraiment des oiseaux, en fait, quelque part.
[Conférencier 3]
Hum hum. C'est dingue, ouais. Nous sommes des oiseaux, c'est beau.
[Conférencier 3]
Donc, on peut dire que tu aimes autant les sons de nature que la musique. Tu fais
[Conférencier 3]
autant d'audio-naturalisme que tu ne joues d'instrument. D'ailleurs, je crois que tu aimes
[Conférencier 3]
marier les deux. C'est ça. Comment est-ce que
[Conférencier 2]
tu maries les deux ? Quel est ton process
[Conférencier 3]
créatif ? Alors, ben, en tout
[Conférencier 2]
cas, il y a deux choses. Je dirais... La première, c'est
[Conférencier 2]
que dans le contenu que je fais sur les réseaux, c'est... Comme on parlait
[Conférencier 2]
de ça tout à l'heure, les oiseaux, c'est la musique en soi. Donc moi, je me mets
[Conférencier 2]
en scène en train de les enregistrer. C'est un petit peu la façon qui m'aide à moi
[Conférencier 2]
de travailler sur le vivant et d'apprendre à mieux le connaître, à mieux
[Conférencier 2]
le comprendre. Je n'ai pas fait d'études de biologie, malheureusement. J'aurais beaucoup aimé.
[Conférencier 2]
Ni d'études de bioacoustique. J'ai fait des études de cinéma, mais plutôt portées sur la science.
[Conférencier 2]
Donc, ce qui me fait avoir quelques lacunes, mais qui se rattrapent.
[Conférencier 2]
Ça, ça me permet déjà de marier vraiment bien, déjà, la nature et le vivant à moi-même.
[Conférencier 2]
Ce qui n'était pas toujours évident. Et la musique, comment je marie les deux ?
[Conférencier 2]
En fait, en ce moment, et ça, c'est un peu une exclue dont je ne parle pas beaucoup. Donc, c'est une exclue
[Conférencier 2]
pour le podcast. Je vais en parler dans pas longtemps parce que
[Conférencier 2]
je vais sortir ça l'année prochaine. Mais en ce moment, du coup, je travaille
[Conférencier 2]
sur un projet d'album musical. Donc, moi, je suis musicien au départ. J'ai fait
[Conférencier 2]
de la musique klezmer. Donc, c'est un genre de musique juive qui est
[Conférencier 2]
un peu... Il y a des choses communes avec la musique des Balkans, les musiques traditionnelles,
[Conférencier 2]
les musiques de l'Est, ce qui se joue souvent à la clarinette et à l'alto.
[Conférencier 2]
Donc, moi, j'ai ce background-là qui est là depuis très longtemps. Enfin, j'ai toujours
[Conférencier 2]
fait ça. Et donc, moi, j'avais toujours eu cette envie de faire de la musique,
[Conférencier 2]
de créer quelque chose, mais d'assez unique. Et depuis peu de temps, et aussi
[Conférencier 2]
lié avec mon métier. Donc, c'est là où tout se réunit
[Conférencier 3]
et tout est magique. Parce que, waouh,
[Conférencier 2]
qu'est-ce qui se passe ? Donc, moi, je suis devenu développeur audio il y a à peu près
[Conférencier 2]
7 ou 8 mois. J'ai proposé un prototype de logiciel que j'ai
[Conférencier 2]
conçu qui permet donc de transformer des sons en d'autres sons.
[Conférencier 2]
Donc, c'est très généraliste, mais ce qui veut dire que je peux, par exemple, transformer le son d'un merle
[Conférencier 2]
en rossignol, un son de
[Conférencier 3]
rossignol en fauvette, un son de fauvette en clarinette,
[Conférencier 2]
un son de clarinette en saxophone. Donc, c'est-à-dire que je peux garder
[Conférencier 3]
les structures rythmiques des oiseaux et les incorporer
[Conférencier 2]
dans mon processus d'écriture, de composition
[Conférencier 3]
musicale. Donc, dans l'histoire de la
[Conférencier 2]
musique, il y a eu Messiaen, il y a eu là, je cite un peu de manière
[Conférencier 2]
totalement non
[2]
chronologique, mais il y a, je pense à Chassol,
[Conférencier 2]
je pense à Cosmo Sheldrake, à plein de compositeurs, je parle que de compositeurs,
[Conférencier 2]
il y a Alice Boyz qui est aussi une compositrice,
[Conférencier 2]
très récente, qui fait de la musique à partir de field recording, qui enregistre des sons
[Conférencier 2]
avec ses micros dans la nature et qui fait de la musique par-dessus.
[Conférencier 3]
Molécule aussi, peut-être ? Il y a Molécule,
[Conférencier 2]
effectivement, on va dire Molécule, oui. Attention peut-être parce que Molécule,
[Conférencier 2]
il a tendance à vraiment plutôt apporter une patte très musicale produite, je dirais. Oui, quand même, ok.
[Conférencier 2]
Ce n'est pas le cas de Messiaen, qui s'inspire vraiment du travail de l'oiseau,
[Conférencier 3]
du chant, de sa structure. Chassol aussi, pareil, il y a un travail de la
[Conférencier 2]
texture du timbre. Pas de la structure, mais plus du timbre de l'oiseau, appliqué
[Conférencier 2]
au jazz. Molécule, on va dire, ça vient plus ponctuer sa musique électronique.
[Conférencier 2]
La musique électronique qui est un petit peu aussi déjà quelque chose qui émane
[Conférencier 2]
un peu de la nature, si on veut. Mais c'est vrai que moi,
[Conférencier 2]
dans ce champ-là, je pensais plus à ces artistes-là, en tout cas qui m'inspirent
[Conférencier 2]
beaucoup dans mon processus créatif. Depuis peu de temps, je commence à écrire à partir
[Conférencier 2]
des enregistrements que j'ai faits, que je transforme en d'autres sons. Et moi, comme je suis clarinettiste, je fais
[Conférencier 2]
de la clarinette basse, je transforme des chants d'oiseau en clarinette. Je me retrouve avec
[Conférencier 2]
des structures de chants de rougegorge,
[Conférencier 3]
par exemple, transformées en clarinette.
[Conférencier 2]
C'est une ligne mélodique, etc. Donc, c'est un outil qui n'est pas du tout déployé
[Conférencier 3]
à ce jour, qui n'est pas du tout connu,
[Conférencier 2]
etc. Et qui va sortir en début d'année. Ça s'appelle Morphosis,
[Conférencier 2]
c'est un logiciel qui va être déployé en début d'année.
[Conférencier 2]
On commence à travailler sur la com de cet outil. Mais en fait,
[Conférencier 3]
ça permet de faire
[Conférencier 2]
le lien entre tout, entre mes connaissances en musique,
[Conférencier 3]
ce que je joue, mes connaissances en biologie,
[Conférencier 2]
les enregistrements que j'ai faits. En tout cas, j'ai fait plusieurs maquettes à ce jour et je suis
[Conférencier 2]
complètement ravi de réussir à vraiment enfin mêler nature et musique.
[Conférencier 3]
C'est un aboutissement de fou, ouais.
[Conférencier 2]
À même pas 30 ans. C'est vrai, oui, c'est cool.
[Conférencier 3]
C'est un premier aboutissement, ça ne sera pas le seul.
[Conférencier 2]
Si ça part comme ça. Et en tout cas, j'ai l'impression que
[Conférencier 2]
je vais peut-être dire quelque chose d'assez incroyable, mais je ne retrouve pas chez quelqu'un
[Conférencier 3]
ce que je suis en train de faire.
[Conférencier 2]
Ça me motive à une vitesse. Ça me motive et ça me donne
[Conférencier 2]
envie vraiment de créer beaucoup. Mais en tout cas, là, c'est vraiment
[Conférencier 2]
le stade de maquette. Ça sortira en 2026, fin d'année, en milieu d'année, donc c'est
[Conférencier 2]
dans une temporalité plus lointaine. Mais voilà, c'est là où j'arrive vraiment à mêler les deux.
[Conférencier 2]
Et cette frontière que j'ai toujours eu du mal... Oui, c'est ça.
[Conférencier 2]
Cette frontière que j'ai toujours eu du mal à passer, là, j'y arrive de manière assez magique.
[Conférencier 2]
Et même avec ma voix, je peux traduire un chant avec ma voix et un versement.
[Conférencier 2]
Et c'est assez dingue, tout ça. Donc voilà, en ce moment, je travaille là-dessus
[Conférencier 2]
beaucoup, donc un album qui s'appellerait peut-être Anima.
[Conférencier 2]
Donc il me revient beaucoup. Et qui s'inspirait de chants enregistrés
[Conférencier 2]
d'oiseaux et transformés en instruments et en versements. Et voilà.
[Conférencier 2]
Et c'est assez particulier, quoi. Comme moi, j'ai fait beaucoup de jazz aussi.
[Conférencier 3]
J'ai envie de parler de jazz naturaliste.
[Conférencier 2]
Ça n'existe pas, mais c'est presque du jazz naturaliste. C'est vrai que ça, sans parler,
[Conférencier 2]
sans faire diffuser des sons, c'est un peu compliqué de s'imaginer, mais en tout cas,
[Conférencier 2]
avec les nouvelles technologies et les nouvelles possibilités, on est capable de faire des choses
[Conférencier 2]
assez incroyables comme ceci.
[Conférencier 3]
Même sans avoir d'extrait, vraiment, pratique de ce que tu fais,
[Conférencier 3]
la théorie, l'essence du projet est déjà géniale et ça va bien nous amener
[Conférencier 3]
sur la partie 2 qui montre que tu crées ton modèle vraiment
[Conférencier 3]
sur mesure à partir de toutes tes caractéristiques et c'est magnifique, quoi.
[Conférencier 2]
En tout cas, c'est tout arrivé à point. Pareil,
[Conférencier 2]
ce travail que je fais depuis plusieurs années déjà, de prise de son dans la nature, etc.,
[Conférencier 2]
m'a donné, là, pour l'année prochaine, deux opportunités
[Conférencier 3]
de travail complètement dingues
[Conférencier 2]
que je n'aurais jamais imaginé qu'on me proposerait un jour,
[Conférencier 2]
notamment, je ne peux pas trop en parler, mais il y a notamment
[Conférencier 3]
un film sur lequel je vais travailler. Tu as accepté ces projets ou
[Conférencier 2]
tu les as acceptés ? C'est des projets que j'ai acceptés.
[Conférencier 3]
C'est en plus de tout ce que je fais déjà, mais voilà.
[Conférencier 2]
Et il y a un autre projet qui consiste plus à une installation sonore
[Conférencier 2]
pour une exposition. Ah, d'accord, ok.
[Conférencier 2]
Pareil, c'est ces deux gros projets que j'ai très hâte de commencer l'année prochaine qui vont prendre, je pense,
[Conférencier 2]
une bonne partie de l'année, mais qui sont des projets que je n'aurais pas
[Conférencier 2]
pu faire si je n'avais pas anticipé
[Conférencier 3]
ce travail-là et que ça ne m'avait pas
[Conférencier 2]
intéressé.
[Conférencier 3]
Oui, que tu te sois montré sur les réseaux aussi,
[Conférencier 2]
comme une vitrine de tout ce que tu fais. C'est ça. Ma présence sur les réseaux a servi pour l'un
[Conférencier 2]
et l'autre, c'est vraiment un concours de circonstances. Je travaillais
[Conférencier 2]
sur un sujet depuis plusieurs années et c'est ce sujet-là qui fait référence au film.
[Conférencier 2]
Je ne peux pas en dire plus, évidemment, mais je ne peux pas révéler des choses
[Conférencier 2]
qui me mettraient dans des situations compliquées.
[Conférencier 3]
Évidemment.
[Conférencier 2]
Je pense que l'écoute du vivant c'est quelque chose sur lequel
[Conférencier 2]
je serais passé à côté et j'aurais beaucoup regretté
[Conférencier 2]
le découvrir plus tard que maintenant.
[Conférencier 3]
Oui, c'est ça. Là, ça te laisse des années et des années pour découvrir
[Conférencier 3]
quelque chose qui peut prendre des siècles.
[Conférencier 2]
Oui, c'est ça. Puis moi, je suis quelqu'un de très lent dans la compréhension de certains
[Conférencier 2]
phénomènes. Ah bon ? On ne dirait pas vu comme ça ? Oui, on ne dirait pas vu comme ça,
[Conférencier 2]
mais il y a eu des années de passé quand même sur tout ça.
[Conférencier 2]
En tout cas, musique, science, nature, je pense que ça a son sens.
[Conférencier 2]
Oui, sur ce travail que je mène. Tu parlais un petit peu de ce que je retirais
[Conférencier 2]
de tout ça, peut-être.
[Conférencier 3]
Oui, justement, les enseignements et inspirations que tu retires de cette écoute sensible.
[Conférencier 2]
Il y a deux choses. Je parlais un tout petit peu de photographie.
[Conférencier 2]
Moi, ce que ça m'a appris, la photographie, c'est la résilience. C'est-à-dire, je rate
[Conférencier 2]
beaucoup de photos quand même. Énormément de photos, je les rate.
[Conférencier 2]
Et au bout d'un moment, on est déçu.
[Conférencier 3]
Quand tu photographies quelque chose qui bouge, c'est compliqué d'avoir...
[Conférencier 2]
C'est compliqué. Après, c'est vrai que par rapport à une certaine période où je ratais quasiment tout, là, j'arrive
[Conférencier 2]
quand même pas si mal à me débrouiller, à faire des photos qui sont intéressantes.
[Conférencier 2]
Et où même, je suis déçu de ne pas avoir l'oiseau à l'endroit juste
[Conférencier 2]
à côté où il pourrait être et où il n'est pas
[Conférencier 3]
et que la photo aurait été magnifique s'il était juste là,
[Conférencier 2]
mais il ne le sera jamais. Ça apprend la résilience. Ça apprend à remettre son égo
[Conférencier 2]
à sa place aussi. Et ça remet vraiment les pieds sur terre, tout ça. Franchement,
[Conférencier 2]
quand on passe deux heures immobiles, quelque part, dans un bois, je ne sais pas, et on écoute
[Conférencier 3]
le vivant, on se remet
[Conférencier 2]
à sa place et on comprend vite qu'on n'est pas le centre du tout du monde.
[Conférencier 2]
On n'est pas du tout le centre de la scène. En tout cas, pas le centre de la scène qu'on écoute. C'est ça aussi un peu
[Conférencier 2]
le dénaturalisme. C'est se laisser un peu en second plan
[Conférencier 2]
et donner vie au reste. Il y a un autre phénomène
[Conférencier 2]
aussi qui est peut-être un enseignement qui est un peu plus triste, mais c'est
[Conférencier 2]
quand on fait de l'enregistrement sonore et peu importe où on se place,
[Conférencier 2]
on entend beaucoup de pollution aussi de différents types et c'est vrai que c'est quelque chose
[Conférencier 2]
d'assez difficile à mener comme combat intérieur, de se
[Conférencier 2]
se dire, effectivement, je n'arriverai jamais à faire une heure d'enregistrement complet
[Conférencier 2]
en perturbation. C'est d'autant plus compliqué au son
[Conférencier 2]
qu'à la photographie parce que la photographie
[Conférencier 3]
peut se replacer, on peut faire des choses.
[Conférencier 2]
Là, tout prend une ampleur différente et il y a beaucoup de phénomènes
[Conférencier 2]
qui peuvent vraiment venir nous casser les pieds, c'est le cas de le dire.
[Conférencier 2]
C'est pour ça que moi, j'aime beaucoup enregistrer les espèces sur
[Conférencier 1]
des temps courts, me balader
[Conférencier 2]
avec une parabole et être en mouvement parce que laisser le micro posé, être
[Conférencier 2]
derrière je trouve que c'est quand même devenu
[Conférencier 2]
malheureusement avec les années une activité un peu triste.
[Conférencier 2]
En fait, on est plus libre, on est plus seul. Il y a toujours une technophonie
[Conférencier 2]
pas loin et qui nous perturbe et c'est vraiment ça que je trouve
[Conférencier 2]
le plus dérangeant en réalité. Après, il y a encore des endroits sur Terre
[Conférencier 2]
heureusement, on s'en sort un petit peu mais jamais bien longtemps.
[Conférencier 3]
C'est un peu comme tout, les endroits sur Terre où il n'y a pas de plastique sont devenus rares,
[Conférencier 3]
les endroits sur Terre où il n'y a pas eu présence humaine, tout est lié malheureusement.
[Conférencier 2]
Et ça, c'est vrai, c'est dur en tout cas. En tout cas, pour les gens
[Conférencier 2]
dont c'est le métier, ce n'est pas mon métier moi,
[Conférencier 2]
field recorder, que je n'ai pas trop défini non plus field recording, mais le field recording,
[Conférencier 2]
c'est l'enregistrer le son dans des milieux, poser des micros
[Conférencier 2]
dans une écoute un peu active
[Conférencier 3]
dans un milieu et l'enregistrer,
[Conférencier 2]
en rendre compte. Ça peut être n'importe quel type de matière, ça peut être en ville,
[Conférencier 2]
on peut faire du field recording en ville, c'est enregistrer sur des temps longs,
[Conférencier 2]
enregistrer des paysages sonores sur des temps longs. Mais c'est vrai que les gens dont c'est le métier
[Conférencier 2]
d'enregistrer des sons, mais vraiment en extérieur, en studio, c'est différent.
[Conférencier 2]
Pour le bruitage, par exemple, au cinéma, ça n'a rien à voir. Ça ne doit pas être facile tous les jours,
[Conférencier 2]
surtout pour les ambiances. Faire une ambiance aujourd'hui, c'est quelque chose de très compliqué.
[Conférencier 2]
On veut enregistrer le brame du cerf, c'est compliqué.
[Conférencier 3]
Ah oui, c'est clair, j'ai essayé. Moi, j'avais des avions toutes les dix minutes.
[Conférencier 2]
J'ai essayé d'enregistrer malheureusement pas loin
[Conférencier 2]
de la forêt de Fontainebleau. C'est compliqué, il y a beaucoup de pollution,
[Conférencier 2]
il y a beaucoup de routes à droite à gauche.
C'est beau, mais
[Conférencier 2]
on est ramené un peu à notre réalité.
[Conférencier 3]
C'est ça, oui.
[Conférencier 2]
L'idée est plutôt d'en sortir. Sinon, les inspirations, ce que j'en récupère,
[Conférencier 2]
c'est beaucoup des inspirations autour de ces artistes qui ont fait des choses
[Conférencier 2]
dessus, mais science, je trouve ça hyper pertinent, même si on ne voit pas toujours
[Conférencier 2]
son travail, des structurations, des sons d'oiseaux.
[Conférencier 2]
Parce que c'est tellement réapproprié ce qu'il fait, je trouve que c'est dingue.
[Conférencier 2]
Mais de voir comment le travail de l'animal peut influer le travail de l'artiste
[Conférencier 2]
c'est magique. Cosmo Sheldrake, je trouve vraiment, c'est le summum
[Conférencier 2]
de ce que je trouve le plus juste en termes de rapport animal
[Conférencier 2]
son nature et son musical de l'humain. Il respecte une certaine
[Conférencier 2]
proportion de l'oiseau dans son écriture que je trouve complètement valable
[Conférencier 2]
et très intéressante. Donc oui, il y a plein d'aspirations d'artistes par le vivant
[Conférencier 2]
et dans le vivant tout seul, ce qui m'inspire, l'eau. En fait, c'est vraiment
[Conférencier 2]
le domaine aqueux que je trouve le plus fascinant. Entre les oiseaux, les kektis,
[Conférencier 2]
les kodas, les manières de communiquer entre les cachalots, les orques.
[Conférencier 2]
C'est tellement un autre univers qui est presque une autre planète
[Conférencier 2]
où là, j'en tiens une énorme humilité. Où vraiment, on
[Conférencier 2]
ne connaît rien de tout ça. Et à ce jour, je sais que j'ai vu
[Conférencier 2]
qu'on découvrait encore quelques espèces dont les fonds marins, on n'avait pas encore découvertes
[Conférencier 2]
mais il y a tellement à apprendre et on n'est tellement pas du tout
[Conférencier 2]
dans cette compréhension de ce milieu. Clairement. Et on a beaucoup à apprendre
[Conférencier 2]
du vivant. C'est d'ailleurs Anaïs qui avait fait une vidéo dessus
[Conférencier 2]
sur le Shinkansen qui s'inspire du Martin
[3]
Pêcheur. Oui, tout à fait. Dans son livre aussi,
[Conférencier 2]
elle en parle. C'est bien de s'en inspirer pour les
[Conférencier 2]
progrès technologiques, mais c'est vrai que c'est bien de peut-être déjà faire un listing
[Conférencier 2]
de toutes les espèces avant de commencer à les embêter.
[Conférencier 2]
Oui. C'est d'autres sujets.
[Conférencier 3]
D'autres préoccupations, considérations. On va poursuivre
[Conférencier 3]
sur le petit jeu du Si tu étais. Alors, je te propose
[Conférencier 3]
d'explorer justement ton lien au vivant pour avoir ton
[Conférencier 3]
regard sensible. Donc, si tu étais un cri d'animal
[Conférencier 3]
et pour quelles raisons ?
[Conférencier 2]
Là, ça va être le grand n'importe quoi, là. Attention.
[Conférencier 3]
Ben, je pense pas, mais vas-y, tu le dis.
[Conférencier 2]
En fait, moi, je suis quand même beaucoup culture internet
[Conférencier 2]
aussi. Et il y a un mème qui me fait immensément rire qui est cette marmotte
[Conférencier 2]
alpine qui crie Alan. Qui fait Alan,
[Conférencier 2]
Alan, comme ça. Et ça, c'est vraiment un truc qui me déchire
[Conférencier 2]
et qui me tue à chaque fois que je le regarde. Donc, moi, je répondrais la marmotte alpine.
[Conférencier 2]
D'accord. Et le son original, c'est vraiment un sifflement, quoi. Oui.
[Conférencier 2]
Qui a beaucoup de réverbération dans son espace parce que c'est des vallées, en général, dans lesquelles elle se trouve.
[Conférencier 2]
Et je trouve ça tellement drôle de remettre autre chose qui n'a rien à voir dessus, quoi.
[Conférencier 2]
Et c'est un cri d'animal très mignon, quoi. Je le trouve très doux
[Conférencier 2]
et qui permet de communiquer très vite aux autres marmottes dans le quartier
[Conférencier 2]
qu'il y a un souci, quoi.
[Conférencier 3]
Comme un petit coup de sifflet.
[Conférencier 2]
Ouais, c'est ça. Et ouais, je trouve... Si j'étais un cri d'animal,
[Conférencier 2]
je serais ça, certainement. C'est assez
[Conférencier 2]
indicatif. C'est direct, quoi. Ouais.
[Conférencier 3]
C'est direct, c'est clair. Peu de son, mais beaucoup d'informations. Sans équivoque. Si tu étais
[Conférencier 3]
un son géophonique, et pour quelle raison ?
[Conférencier 2]
Moi, je pense que si j'étais un son géophonique, ce serait de toute façon en rapport avec le milieu
[Conférencier 2]
aqueux, c'est sûr. Là, j'ai fait pas mal d'enregistrements, là,
[Conférencier 2]
notamment en Bretagne, à
[2]
Panvénan, parce que j'ai fait un stage avec Marc Namblard
[Conférencier 2]
qui est un des rares audionaturalistes et preneurs de son
[Conférencier 2]
du vivant en France, quoi,
[2]
avec Fernand Deroussen et d'autres personnes,
[Conférencier 2]
qui a travaillé notamment sur le champ des forêts avec Vincent Munier sur la partie post-synchro des oiseaux.
[Conférencier 2]
Et donc, j'ai fait pas mal d'enregistrements, du coup, là-bas. J'ai fait beaucoup d'enregistrements aussi avec
[Conférencier 2]
des hydrophones, qui sont ces petits micros qui permettent d'aller sous l'eau.
[Conférencier 3]
Ouais. Et j'avoue que
[Conférencier 2]
j'ai tellement enregistré de choses dingues dans ces milieux aqueux,
[Conférencier 2]
que ce soit des êtres vivants, qui sont des êtres dans des mares, plein d'insectes
[Conférencier 2]
dans les mares, des insectes aqueux qui se trouvent
[Conférencier 2]
dans ces milieux-là. Il y a aussi, tous ces flux. Moi, ce qui me fascine, c'est les flux
[Conférencier 2]
d'eau. Que ça soit la marée haute, la marée basse,
[Conférencier 2]
un ressac, le retrait d'une marée, enfin, il y a tellement de choses.
[Conférencier 2]
Peut-être le truc qui m'a le plus fasciné, là, récemment, c'est qu'il y a un endroit à Penvenant
[Conférencier 2]
un peu caché, qui retient l'eau à marée basse, et qui
[Conférencier 2]
l'a fait se rejeter petit à petit, dans une sorte de siphon.
[Conférencier 2]
Ce son de siphon, j'y ai mis des micros, et d'ailleurs,
[Conférencier 1]
on a sorti une sonothèque, il y a parmi
[Conférencier 2]
cette sonothèque un son de siphon, j'y ai mis des micros, des hydrophones, et un micro
[Conférencier 2]
LCR, qui va venir enregistrer en l'enregistrant de droite le son.
[Conférencier 2]
Ce son qui a une sorte d'absorption, de sussion un peu brutale,
[Conférencier 2]
hyper intéressante, et qui n'est pas continue du tout. On reconnaît toujours quelque chose
[Conférencier 2]
d'assez semblable dans les sons marins, dans les sons de marée, etc. Il y a toujours un truc
[Conférencier 2]
qui revient, une sorte d'adjectif, quand même.
[Conférencier 3]
Ce que tu disais tout à l'heure, ouais.
[Conférencier 2]
Les vagues ne sont pas les mêmes, mais elles n'ont pas toujours la même densité,
[Conférencier 2]
surtout à marée haute, marée basse, mais il y a une évolution qui se ressent. Là, c'est
[Conférencier 2]
pas continue du tout, et j'ai trouvé ce son assez magique. Donc si j'étais un son
[Conférencier 2]
géophonique, je serais ce son de siphon qui, à marée basse,
[Conférencier 2]
retourne dans la marée principale, parce que c'est un truc qui se renouvelle tout le temps.
[Conférencier 2]
Je suis quelqu'un qui se renouvelle pas mal.
[Conférencier 3]
Oui, effectivement.
[Conférencier 2]
Je dirais que ça me va bien. La marmotte, peut-être pas, mais en tout cas, ça, oui.
[Conférencier 3]
Dans l'œil du cyclone.
[Conférencier 2]
Oui, ça fait un peu cyclone. J'ai jamais enregistré
[Conférencier 3]
de tempête, mais ça doit être marrant. Peut-être que plus tard,
[Conférencier 3]
t'as pas peur d'y laisser un membre.
[Conférencier 2]
J'ai d'ailleurs enregistré aussi
[2]
des pinèdes près du Marquenterre
[Conférencier 2]
un jour de tempête, ce qui n'est pas
[Conférencier 3]
plus marrant. Et j'ai enregistré
[Conférencier 2]
des sons complètement dingues.
[Conférencier 3]
De craquements. De vent dans la pinède.
[Conférencier 2]
C'était hyper impressionnant. Et en plus, c'est des arbres qui sont très secs.
[Conférencier 3]
Oui, c'est ça. Le son se propage
[Conférencier 2]
du déplacement de l'arbre. J'y allais un peu exprès pour ça.
[Conférencier 2]
Quel son aussi. Mais pareil, c'est des sons des arbres. C'est quand même
[Conférencier 2]
aussi tout un... C'est aussi varié que les sons d'eau, en fait.
[Conférencier 3]
On s'en rend pas compte. Il n'y a que avec des microphones de contact
[Conférencier 3]
qu'on peut se rendre compte un petit peu
[Conférencier 2]
de ce qui se passe à l'intérieur. Il y a autant de micro-contacts qu'on a enregistrés aussi.
[Conférencier 2]
C'est très très vaste. C'est assez vertigineux
[Conférencier 2]
pour ne rien cacher.
[Conférencier 3]
Et peut-être, ça ne rentre pas dans la catégorie,
[Conférencier 2]
mais une autre chose, c'est l'enregistrement. J'aimerais bien être
[Conférencier 2]
le son d'une comète.
[Conférencier 3]
Ça rentre dans la catégorie.
[Conférencier 2]
Parce que je travaille beaucoup sur ça et j'aimerais beaucoup en faire plus de vidéos
[Conférencier 2]
l'année prochaine, mais du coup, j'arrive à sonifier le son
[Conférencier 2]
de phénomènes. Tu le reproduis synthétiquement ? Alors en fait, ce que j'enregistre
[Conférencier 2]
par exemple dans le cas d'une comète, ce n'est pas
[Conférencier 3]
le déplacement de la comète, c'est la perturbation du champ magnétique de la comète
[Conférencier 2]
par rapport à notre domaine en gigahertz.
[Conférencier 2]
Il va y avoir une sorte de perturbation et moi, c'est ça que je viens enregistrer.
[Conférencier 2]
Et c'est des sons
[2]
qui ne sont évidemment pas de l'ordre de l'audible,
[Conférencier 2]
mais comme il n'y avait pas une chauve-souris, on fait de la modulation de fréquence
[Conférencier 2]
pour récupérer
[Conférencier 3]
la hauteur dans le domaine de l'audible.
[Conférencier 2]
C'est ça, le fameux 20-20 qui n'est pas un 20-20
[Conférencier 2]
réel. Cette chose-là
[Conférencier 2]
que j'ai réussi à sonifier et j'ai même créé un boîtier qui permet de le faire en direct
[Conférencier 2]
mais qu'il faut que je continue à travailler dessus. C'est magique de pouvoir entendre
[Conférencier 2]
l'espace, d'entendre les matières cosmiques. Je trouve ça tellement
[Conférencier 2]
dingue. En fait, on peut vraiment tout enregistrer. On peut enregistrer un volcan,
[Conférencier 2]
on peut enregistrer un arc-en-ciel, on peut enregistrer plein de choses si on veut. Encore faut-il avoir
[Conférencier 2]
l'idée de comment l'enregistrer.
[Conférencier 3]
Oui, l'idée et la faisabilité technique, effectivement.
[Conférencier 2]
Absolument, oui.
[Conférencier 3]
Allier les deux. Souvent, on n'a qu'un truc. Souvent, c'est l'imagination, puis après
[Conférencier 3]
la faisabilité, c'est un autre domaine où c'est un peu inaccessible.
[Conférencier 2]
C'est là où on touche aussi à l'art. Je préfère le côté scientifique de la démarche.
[Conférencier 3]
Oui, mais c'est un peu les deux quand même.
[3]
Si tu étais un chant d'oiseau
[Conférencier 3]
ou un oiseau, on a quand même pas mal parlé de ses petits congénères.
[Conférencier 3]
Et pour quelles raisons ?
[Conférencier 2]
C'est très dur à répondre. Oui, j'imagine.
[2]
Parce qu'un chant d'oiseau, il y en a des milliers. Il y en a plein que je ne connais pas.
[Conférencier 3]
Oui, c'est ça. Là, on va faire ceux que tu connais, évidemment.
[Conférencier 2]
Là, récemment, j'ai enregistré
[Conférencier 3]
en Bretagne une linotte mélodieuse.
[Conférencier 2]
C'est cet oiseau qui est un peu discret, qu'on voit parfois sur les petites
[Conférencier 2]
hauteurs de certaines plantules au ras du sol.
[Conférencier 2]
C'est un oiseau... Ce n'est pas celui qu'on citerait en premier, mais c'est un chandois qui a une finesse
[Conférencier 2]
assez belle, je trouve. C'est très ornementé.
[Conférencier 3]
C'est musical, vraiment, pour le coup.
[Conférencier 2]
Et très rythmique aussi. Il y a quelque chose d'assez joyeux dans ce chant
[Conférencier 2]
et très mécanique. Il y a un côté aussi parfois un peu improvisé. Enfin, voilà, j'aime bien
[Conférencier 2]
la virtuosité du chant de la linotte. Et là, récemment, ce qui est assez marrant,
[Conférencier 2]
c'est que j'ai collaboré avec un artiste qui s'appelle Lucio Arese,
[Conférencier 2]
qui est italien. On s'est contactés pour faire une collaboration ensemble. Je lui ai dit
[Conférencier 2]
« Écoute, ça ne te dirait pas qu'on fasse un truc ensemble ? » Parce que lui, il arrive à matérialiser
[Conférencier 2]
des chants, une représentation spectrale. On parlait de caractéristiques
[Conférencier 2]
du son, de timbres, de fréquences. Là, on est sur encore
[Conférencier 2]
d'autres caractéristiques. Du coup, on a décidé de faire une collaboration. Il m'a dit « Écoute,
[Conférencier 2]
qu'est-ce que tu as comme chant d'oiseau qui serait intéressant ? » Je lui ai dit « J'ai une linotte mélodieuse.
[Conférencier 2]
Est-ce que ça ne t'intéresserait pas ? » Il me dit « Bien sûr. » Il a fait cette vidéo avec cette
[Conférencier 2]
linotte mélodieuse dont j'ai enregistré le chant en Bretagne qui, aujourd'hui, a été vue par plus de près
[Conférencier 2]
de 14 millions de personnes. Je ne te dis pas à quel point il y a des gens
[Conférencier 2]
qui ont partagé avec excès cette vidéo
[Conférencier 1]
en trouvant ça génial.
[Conférencier 2]
Du coup, j'ai été tagué dans des milliers de postes
[Conférencier 2]
récemment, ce qui m'a fait vraiment beaucoup de visibilité.
[Conférencier 2]
On voit le chant de cette linotte mélodieuse représenté visuellement avec plusieurs axes.
[Conférencier 2]
Un son d'instrument de musique. Si tu étais un son d'instrument de musique.
[Conférencier 2]
Là, on ne va pas au vocast, mais à la clarinette, évidemment.
[Conférencier 2]
Moi, j'aime trop la clarinette. C'est mon instrument
[Conférencier 2]
favori, fétiche. Je ne peux pas m'en passer de la clarinette. C'est toutes mes années de ma vie
[Conférencier 2]
et dès que j'en attends, je réagis. Évidemment, je dirais la clarinette.
[Conférencier 2]
Peut-être plus la clarinette basse parce que ça correspond plus à mon timbre
[Conférencier 2]
de voix à moi, je trouve, d'un point de vue de la hauteur
[Conférencier 2]
de l'instrument.
[Conférencier 3]
Ok, nous venons au terme de cette première partie seulement.
[Conférencier 2]
Je parle, je parle.
[Conférencier 3]
La seconde partie, justement, aborde un petit peu plus
[Conférencier 3]
le prisme du format et les infinies possibilités de notre
[Conférencier 3]
vie d'humain. Il faut dire qu'en tant qu'humain,
[Conférencier 3]
on a des potentiels peut-être infinis.
[Conférencier 3]
Surtout, notre vie d'occidental quand même du XXIe siècle,
[Conférencier 3]
on a possibilité de créer des trajectoires tout à fait
[Conférencier 3]
uniques et tu en es la preuve incarnée. Donc, on peut dire que toi,
[Conférencier 3]
tu as créé aussi ton propre schéma. Je crois que ton parcours, au final, et les événements
[Conférencier 3]
marquants qui ont façonné ton modèle sur mesure, je pense que tu les as déjà
[Conférencier 3]
plus ou moins évoqués. Est-ce que tu as des choses à rajouter sur ça ?
[Conférencier 2]
Je pense que ce qui est sonne toujours les gens, c'est les rencontres,
[Conférencier 2]
c'est les personnes qu'on a pu, voilà, qui ont croisé notre parcours, notre chemin.
[Conférencier 2]
Je pense à plein de gens, évidemment. En fait, moi, j'ai eu vraiment beaucoup de chance parce que
[Conférencier 2]
j'ai croisé sur ma route beaucoup de gens vraiment merveilleux qui m'ont donné
[Conférencier 2]
accès à des savoirs dont je n'étais pas censé accéder forcément, vu là
[Conférencier 2]
d'où je venais. En fait, j'ai suivi des cours au conservatoire
[Conférencier 2]
avec des professeurs merveilleux qui m'ont ouvert des portes
[Conférencier 2]
auxquelles je ne pensais pas du tout possible. Ça, grâce à un ami qui m'a dit, mais non, mais viens, viens,
[Conférencier 2]
on va suivre ce cours d'électro-acoustique, tu verras, c'est génial. Et en fait,
[Conférencier 2]
ce cours d'électro-acoustique que j'ai fait au lycée m'a ouvert pas mal de possibilités
[Conférencier 2]
dans ma tête. C'était mes premiers cours de développement de logiciels
[Conférencier 2]
audio. Et ça, au lycée, c'est quand même
[Conférencier 2]
pas si courant. Donc, c'est sûr que oui, ce schéma-là, il s'est créé
[Conférencier 2]
par les accidents de la vie et ces rencontres
[Conférencier 2]
qui font que tu ne suis pas le schéma classique habituel.
[Conférencier 2]
Je pense que la musique a ouvert beaucoup à ça.
Et le vivant, mais
[Conférencier 2]
tardif, quoi. Le vivant très tardif. Je pense qu'il ne faut pas avoir
[Conférencier 2]
honte, mais c'est vrai que moi, je viens d'une région de France, on va dire
[Conférencier 2]
assez verte, quand même, assez végétalisée,
[Conférencier 2]
assez arborée avec beaucoup de forêts, de bois
[Conférencier 2]
quand même, surtout. Pas de forêt primaire, mais en tout cas, vraiment,
[Conférencier 2]
il y a des lynx dans le Jura, c'est quand même pas rien. C'est vrai que tout ça, certes, quand j'étais
[Conférencier 2]
petit, j'avais un bouquin sur les lynx qui m'avait beaucoup intéressé, mais le vivant,
[Conférencier 2]
on est très aseptisés de tout ça. En fait, on fait surtout un travail de
[Conférencier 2]
déconstruction, je trouve. Il y a beaucoup de choses auxquelles on n'a pas accès,
[Conférencier 2]
dont on devrait avoir accès très tôt dans notre apprentissage, mais
[Conférencier 2]
notamment le vivant. Et qu'est-ce qui nous empêche d'avoir tous une connaissance
[Conférencier 2]
des espèces et du vivant ? Qu'est-ce qu'on perdrait à enseigner ça, par rapport à
[Conférencier 2]
d'autres choses ? Peut-être pour finir sur la question,
[Conférencier 2]
les événements marquants, en tout cas, ils ont été très nombreux, très récemment, je dirais,
[Conférencier 2]
et vraiment liés à toutes les expériences. Et je pense que
[Conférencier 2]
la pluridisciplinarité, il y est pour quelque chose. C'est-à-dire de vraiment chercher
[Conférencier 2]
à creuser un peu dans tous les sens. Moi, ça me permet, en tout cas,
[Conférencier 2]
de me créer des opportunités dans tous les sens, pour le coup. Que ce soit dans le cinéma,
[Conférencier 2]
que ce soit dans l'écriture musicale, dans le podcast, dans la radio, dans la muséographie,
[Conférencier 2]
dans la réalité virtuelle, parce que j'ai bossé aussi pour des films en réalité virtuelle,
[Conférencier 2]
pour des expos. Je pense qu'il ne faut pas se fermer des portes.
[Conférencier 2]
Même pour le jeu vidéo, j'ai fait des choses... Vraiment, il faut... Ouais, je trouve que c'est
[Conférencier 2]
super de s'ouvrir le plus possible. Et ça, voilà, c'est le parcours qui le permet
[Conférencier 2]
quand on rencontre les bonnes personnes, quoi. Et ça, ouais, ça, c'est pas toujours
[Conférencier 3]
possible. Ouais, ouais, mais bon, je ne peux qu'acquiescer à ce que tu dis, parce que
[Conférencier 3]
j'ai aussi ce profil-là. Je me reconnais complètement aussi dans ce profil,
[Conférencier 3]
justement, et ce besoin de toucher à tout. Enfin, en tout cas, à tout ce qui m'intéresse,
[Conférencier 3]
tout en sachant qu'il y a derrière un fil conducteur.
[Conférencier 3]
Et que c'est une expérience qui n'est pas... Une connaissance
[Conférencier 3]
qui n'est pas verticale, mais qui est horizontale. Donc, on n'est pas dans l'ultra-spécialisation.
[Conférencier 1]
Moi, j'image ça comme ça. J'image ça comme...
[Conférencier 1]
L'ultra-spécialisation, c'est quelque chose qui va monter en verticalité.
[Conférencier 1]
Donc, c'est comme si tu accumulais des connaissances et que petit à petit, ça monte, ça monte, ça monte.
[Conférencier 1]
Et au contraire, le côté généraliste, même si ça ne t'empêche pas
[Conférencier 1]
d'avoir quand même de fortes compétences dans ces domaines-là, eh bien,
[Conférencier 1]
c'est plutôt à l'horizontale. Tu vas avoir des montées moins hautes, mais tu
[Conférencier 1]
vas quand même avoir une largeur. Et cette largeur,
[Conférencier 1]
ça te permet de faire des liens entre ces disciplines-là.
[Conférencier 2]
Exactement. Et c'est là où le groupe aussi a son intérêt, c'est que
[Conférencier 2]
si tu es plutôt horizontal et ne pas avancer très vite sur des matières, justement, d'autres qui ont leur spécialité
[Conférencier 2]
vont pouvoir te permettre de créer des choses assez magiques.
[Conférencier 2]
Et si je peux juste placer du coup le cas de cet outil
[Conférencier 3]
que j'ai créé,
[Conférencier 2]
qui s'appelle Morphosis, que je n'ai créé pas tout seul, mais en tout cas, le code source vient
[Conférencier 2]
de mes petites mains sur le clavier. En fait, moi, le design
[Conférencier 2]
d'un outil, je ne sais pas le faire. Le tri des sons, je ne sais pas le
[Conférencier 2]
faire. En fait, il y a plein de gens autour de cet outil qui sont en train d'aider à le créer.
[Conférencier 2]
Et ça, c'est magique. Moi, j'ai amené les briques, si tu veux, entre guillemets, pour que
[Conférencier 2]
l'idée existe et que le projet émerge. Ensuite, tout ce qu'il y a
[Conférencier 2]
autour, c'est le groupe et c'est l'humain. Donc, il n'y a
[Conférencier 2]
pas à être de telle manière ou d'une autre. Je pense que les deux se complètent très bien
[Conférencier 2]
et je ne m'en étais pas autant rendu compte avant ce moment-là.
[Conférencier 1]
Je pense que tu l'as peut-être dit, mais est-ce que tu as eu des mentors ou des personnes
[Conférencier 1]
qui t'ont inspiré à faire autrement ? Ou est-ce que tu t'es senti plutôt seul
[Conférencier 1]
à tracer ta route ? Les mentors,
[Conférencier 2]
on va dire, j'ai croisé des gens à des moments clés qui m'ont dit des choses qui m'ont inspiré.
[Conférencier 2]
Après, est-ce qu'on m'a, après, de façon de manière inconsciente,
[Conférencier 2]
évidemment, j'ai fait autrement peut-être par des choses que
[Conférencier 2]
des personnes ont pu me dire. Après, est-ce que vraiment ça m'a
[Conférencier 2]
fait changer mes choix ? Je pense que vraiment, un peu toute ma
[Conférencier 2]
vie, j'ai fait mes propres choix tout seul et je suis un peu mon propre moteur. On va dire
[Conférencier 2]
que je n'ai pas besoin forcément de beaucoup d'essence
[Conférencier 2]
à côté pour rouler
[Conférencier 1]
en métaphore de la voiture. Oui, ça fait sens. Parce que je pense que moi, je ne saurais pas répondre
[Conférencier 1]
à cette question non plus, étant donné que je me retrouve un peu dans ce que tu dis.
[Conférencier 2]
On se construit par ce que les gens ont fait de nous, par nos...
[Conférencier 1]
C'est des influences indirectes, plus que bien identifiées. Même les mauvaises
[Conférencier 2]
influences, vraiment tout. Complètement, oui.
[Conférencier 2]
Après, le terme mentor, je pense que ça a été très succinct.
[Conférencier 2]
S'il y en a eu, en tout cas, j'ai beaucoup mis tout le temps les gens
[Conférencier 2]
sur le même pied d'égalité. Pour moi, il n'y a jamais
[Conférencier 2]
eu vraiment... En tout cas, aujourd'hui, c'est vraiment le cas. Il n'y a jamais vraiment de personnes au-dessus
[Conférencier 2]
d'une autre. Chacun a ses capacités,
[Conférencier 2]
ses atouts et ses choses à raconter. Et voilà. Donc, je ne pense pas être dans
[Conférencier 2]
ce truc de mentorat ou de fanatisme de personne, en tout cas.
[Conférencier 2]
Après, dans le cas, par exemple, de Cosmo Sheldrake, là, effectivement, je suis quelqu'un qui est très
[Conférencier 2]
admiratif de son travail. Très, très fan, pour le coup. Mais pour autant, je
[Conférencier 2]
ne vais pas venir m'en inspirer pour faire la même chose. Je vais venir, justement, m'en servir pour
[Conférencier 2]
construire quelque chose d'encore plus nouveau. Mais en tout cas, je me suis quand même,
[Conférencier 2]
dans ma vie, en tout cas, assez senti seul sur la route pour
[Conférencier 2]
la faire avancer, pour finir positivement. Mais c'est positif d'être seul.
[Conférencier 2]
En tout cas, la solitude est quelque chose de positif.
[Conférencier 3]
Oui, après, ça dépend des
[Conférencier 2]
individus, mais effectivement, si tu as toutes les
[Conférencier 3]
ressources en toi et...
[Conférencier 2]
On bricole, on teste, on est imparfait, on rate et on continue.
[Conférencier 2]
On expérimente. J'ai beaucoup, beaucoup expérimenté.
[Conférencier 3]
J'ai passé des années à faire des trucs
[Conférencier 2]
qui n'ont servi à rien, mais qui m'ont servi plus tard, malgré tout.
[Conférencier 3]
Oui, bien évidemment. On ne se rend pas compte sur le moment, sur l'instant T,
[Conférencier 1]
si ça va être utile. Et puis, en fait, on se rend compte que c'est le process
[Conférencier 1]
qui fait que, par la suite, ça nous sera utile. Parfois, c'est surtout
[Conférencier 1]
la patience de se dire
[Conférencier 3]
je verrai plus tard ce que ça m'aura apporté. Je ne peux pas en tirer de leçon tout
[Conférencier 3]
de suite.
[Conférencier 2]
C'est pas évident de se dire
[Conférencier 3]
ça quand on est dans le dur.
[Conférencier 2]
Je ne le disais même pas, moi. On y va, on fonce.
[Conférencier 3]
C'est la meilleure
[Conférencier 1]
manière d'aborder la chose. Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ton approche ?
[Conférencier 2]
Là, par rapport à...
[Conférencier 3]
C'était par rapport, du coup... Ton approche, j'avoue que là,
[Conférencier 2]
c'est vrai qu'elle est...
[Conférencier 3]
Il y a plein de ramifications.
[Conférencier 2]
Mais peut-être pour parler...
[Conférencier 3]
De manière générale, peut-être, ou je ne sais pas.
[Conférencier 2]
Oui, peut-être plus pour parler de la création de contenu
[Conférencier 3]
que je fais sur Instagram. Ah oui, si tu veux, oui.
[Conférencier 2]
Mais c'est vrai que ce qui me passionne le plus dans tout ça,
[Conférencier 2]
c'est de relier l'écoute au vivant. Enfin, vraiment, c'est ça. C'est mêler
[Conférencier 2]
un peu la prise de son au vivant de manière très directe et très
[Conférencier 2]
simple. On va dire de manière un peu plus large, peut-être. Il y a deux ans, j'ai
[Conférencier 2]
voulu tenter de faire une thèse. Enfin, j'ai postulé pour une
[Conférencier 2]
thèse au Muséum d'Histoire Naturelle sur l'évolution du chant des oiseaux.
[Conférencier 2]
Parce que je savais que cette voie m'intéressait énormément. Le vivant, c'est quelque chose qui me passionne
[Conférencier 2]
et qui m'invite à persévérer, en tout cas, dans cette voie-là. Et malheureusement,
[Conférencier 2]
j'ai été short-listé, mais pas retenu, parce qu'il n'y en a qu'un dans le monde entier qui est
[Conférencier 2]
évidemment retenu. Puis je n'ai pas fait d'études à nouveau en biologie et pas d'études
[Conférencier 2]
en bioacoustique, ce qui fait que je pars d'ores et déjà avec un
[Conférencier 2]
énorme handicap qui m'indique très clairement de
[Conférencier 2]
refaire des études, en fait, si je veux continuer là-dedans. Mais ce qui me passionne le plus,
[Conférencier 2]
du coup, grâce à cette approche et qui permet de remédier un peu à ça, c'est que ça me permet
[Conférencier 2]
moi d'apprendre des choses de manière continue, de faire apprendre aux gens des choses de manière un peu continue
[Conférencier 2]
sur la biologie, sur plein de choses.
Et je reparle d'intelligence artificielle
[Conférencier 2]
parce que c'est quand même un peu le cœur de mon métier et le cœur de ce dont je parle
[Conférencier 2]
aussi souvent. C'est super de pouvoir
[Conférencier 2]
justement mêler
[Conférencier 2]
technologie, recherche, science et nature. Et je dirais
[Conférencier 2]
que mon approche, ce qui la justifie aujourd'hui, c'est le fait de pouvoir continuer à
[Conférencier 2]
travailler dans ces domaines-là. Notamment, en ce moment, je fais partie d'un groupe
[Conférencier 2]
qui s'appelle Earth Species Project, ESP,
[Conférencier 2]
c'est une sorte de communauté de chercheurs, de scientifiques, à travers le monde
[Conférencier 2]
qui travaillent sur les thématiques du vivant, des animaux. Par exemple, tu as des personnes qui ont créé
[Conférencier 2]
un outil qui permet d'isoler, comme pour la voix humaine sur, actuellement,
[Conférencier 2]
Zoom, là où on se parle, qui permet d'isoler le bruit de fond avec la voix.
[Conférencier 2]
Ils ont fait la même chose, mais pour les animaux. Tous les sons d'animaux, toutes les vocalises animales,
[Conférencier 2]
elles peuvent être isolées grâce à des chercheurs de ce groupe.
[Conférencier 2]
Donc moi, je les ai rejoints sur Discord il n'y a pas très longtemps, donc ils font
[Conférencier 2]
des projets divers et variés. Et moi, ça me permet de garder, en fait, finalement,
[Conférencier 2]
un pied dans la recherche que je n'ai plus du tout vraiment aujourd'hui. Enfin, moi, je ne sors pas
[Conférencier 2]
de papier régulièrement, je ne suis pas du tout dans le domaine... Enfin, l'académie,
[Conférencier 2]
pour moi, elle s'est arrêtée au moment où j'ai rendu mon mémoire, il y a deux ans. Donc, c'est vrai
[Conférencier 2]
que j'aurais beaucoup aimé persévérer et je pense qu'un jour, je reprendrai
[Conférencier 2]
cette part-là pour pouvoir imaginer peut-être poursuivre un jour dans cette thématique-là de manière un peu plus
[Conférencier 2]
académique. Donc, c'est ça qui me fait choisir cette voie, on va dire.
[Conférencier 2]
Je vais encore digresser, je suis désolé. Je pense à un truc que je trouve fascinant
[Conférencier 2]
et j'en ai parlé hier avec une personne très spéciale que
[Conférencier 2]
j'aime beaucoup, qui m'a parlé des dinosaures et j'ai fait
[Conférencier 2]
des recherches sur les dinosaures et en fait, il y a des équipes qui cherchent à restituer à partir des squelettes
[Conférencier 2]
les conduits vocaux, la forme des conduits vocaux, la rinx,
[Conférencier 2]
certains animaux préhistoriques, et de savoir un petit peu et de se replacer de comment
[Conférencier 2]
ils communiquaient et comment ils étaient capables d'émettre des sons et surtout
[Conférencier 2]
comment ils communiquaient, qu'est-ce qu'ils signifiaient à leurs congénères
[Conférencier 2]
quels étaient leurs cris, quels étaient leurs chants, s'ils en avaient un.
[Conférencier 2]
Bon, a priori, il n'y avait pas de chant, mais je trouve ça fascinant de se dire
[Conférencier 2]
il y a des pans de la recherche comme ça qui sont tellement fascinants
[Conférencier 2]
et c'est ça qui me passionne vraiment c'est ces thématiques-là. Donc j'adore beaucoup
[Conférencier 2]
en parler, en vulgarisation parce que la vulgarisation, j'en fais depuis très longtemps
[Conférencier 2]
tout comme Anaïs en fait mais j'en faisais déjà d'abord dans la musique
[Conférencier 2]
il y a 12 ans, quand j'ai commencé je parlais beaucoup de musique, de science
[Conférencier 2]
ensuite c'est devenu beaucoup plus science et chimie et après c'est devenu
[Conférencier 2]
plus physique, plus technique comme j'ai fait prépa, maths, sup
[Conférencier 2]
je commençais à rentrer dans du lard dans du bon détail
[Conférencier 3]
légitime quoi, oui
[Conférencier 2]
et là, le sac le vivant qui s'intègre à tout ça
[Conférencier 2]
depuis 3-4 ans, il a vraiment sa place en tout cas, ouais
[Conférencier 2]
ces domaines de recherche, ils sont fascinants. Le truc que j'ai vu là ce soir
[Conférencier 2]
qui est sorti, le projet CETI c'est un projet de recherche où je discute un peu
[Conférencier 2]
avec eux, j'aimerais beaucoup collaborer avec eux parce que c'est une équipe
[Conférencier 2]
qui sort des papiers fascinants et qui ont réussi à développer
[Conférencier 2]
un framework, un soft qui permet d'envoyer n'importe quel son animal ou humain
[Conférencier 2]
et de le traduire en coda le coda c'est le système de langage des mammifères marins
[Conférencier 2]
de certains mammifères marins tu pourrais parler
[Conférencier 2]
à un mammifère marin si tu le voulais
[Conférencier 1]
donc là on est vraiment sur
[Conférencier 2]
la communication animale le plus proche et je trouve ça dingue, ça nourrit
[Conférencier 2]
tellement de possibles et d'imagination
[Conférencier 3]
c'est une science-fiction qui devient
[Conférencier 2]
qui devient complètement réalité
[Conférencier 3]
et là je vois des films dans ma tête et je me dis
[Conférencier 2]
waouh, en fait c'est bon qu'on y est encore faut-il savoir décoder
[Conférencier 3]
ce que disent les mammifères marins est-ce qu'ils comprendraient ce qu'on pourrait leur dire aussi
[Conférencier 2]
est-ce que c'est dans leur chambre ? ils ont déjà travaillé là-dessus, je sais que ce projet CETI
[Conférencier 2]
les chercheurs de ce groupe-là ont déjà réussi à en tout cas créer un alphabet
[Conférencier 2]
à comprendre un alphabet marin ça c'est dingue de pouvoir y entendre des sons
[Conférencier 2]
disparus, c'est fou moi ça me passionne, l'archéologie des sons
[Conférencier 2]
c'est fascinant. L'archéologie
[Conférencier 1]
des sons déjà, on dirait que c'est un oxymore parce qu'effectivement
[Conférencier 2]
les sons ont tendance à s'éteindre ils sont émis et ils s'éteignent
[Conférencier 3]
à part ce que tu disais tout à l'heure par rapport à
[Conférencier 1]
les sons cosmologiques qu'on peut retrouver
[Conférencier 3]
là pour le coup dans la matière, ils ne sont plus là
[Conférencier 3]
et il y a aussi des chercheurs qui ont essayé de
[Conférencier 3]
reconstituer les sons un peu plus proches de nous, mais de nos ancêtres justement
[Conférencier 2]
Néandertal et Homo sapiens la France Culture a sorti
[Conférencier 2]
une suite d'épisodes sur ça à l'écoute
[Conférencier 2]
de ce que pouvait être l'oreille humaine
[Conférencier 3]
à l'époque préhistorique
[Conférencier 2]
ce qui rejoint aussi un peu le travail de ma directrice de mémoire de recherche
[Conférencier 2]
qui était Mylène Pardoin, qui elle avait travaillé sur la construction de la cathédrale Notre-Dame
[Conférencier 2]
donc à l'époque, comment se passait la vie sur le parvis de Notre-Dame
[Conférencier 2]
elle a travaillé sur ça, elle a travaillé sur le quartier des Halles, elle a travaillé sur plein
[Conférencier 2]
de domaines très différents pour se replacer sur le patrimoine historique, le patrimoine
[Conférencier 2]
de la construction aussi de cette époque-là et de se dire, tiens, qu'est-ce qu'entendait
[Conférencier 2]
un parisien à cette époque-là donc lui, replacer le son dans un contexte
[Conférencier 2]
c'est aussi ouvrir un champ de la recherche que beaucoup
[Conférencier 2]
de personnes n'ont pas conscientisé ou même pas imaginé
[Conférencier 2]
moi, pour mon mémoire, comme c'était sur un château luthérien du XVIe siècle, j'avais rencontré
[Conférencier 2]
un pasteur, j'avais rencontré une chercheuse au CNRS
[Conférencier 2]
un chercheur, pareil au CNRS, en habitat séniorial fortifié, qui lui n'avait jamais imaginé
[Conférencier 2]
se poser la question de qu'est-ce qu'on entendait sur l'esplanade du château
[Conférencier 2]
luthérien, sur lequel il avait travaillé pendant des années
[Conférencier 2]
en 1595 en fait, on entendait un chenil
[Conférencier 2]
on entendait une écurie, on entendait plein de choses un fouconnier
[Conférencier 2]
une tour qui se construisait des cuisines de l'allemand
[Conférencier 2]
d'époque, quoi moyen allemand, ce genre de choses
[Conférencier 2]
le fait de se replacer aussi du point de vue du son, ça fait se questionner, ça fait éveiller
[Conférencier 2]
l'essence aussi des gens d'une autre manière c'est ça qui est passionnant, c'est tout ça
[Conférencier 2]
c'est plein de choses, tout est passionnant
[Conférencier 3]
en fait, dans ça. Ouais, ouais, donc t'es vraiment à ta juste place, je crois
[Conférencier 3]
il est fou enfin, quel serait ton conseil
[Conférencier 3]
final pour celles et ceux qui souhaiteraient se créer une vie
[Conférencier 3]
justement, et un métier sur mesure pas forcément le tien
[Conférencier 3]
mais d'une manière générale
[Conférencier 2]
même si j'aimerais beaucoup plus de gens s'intéressent aussi à ça
[Conférencier 2]
ce serait génial, parce que je trouve qu'il y a quand même encore une lacune il y a beaucoup de gens
[Conférencier 2]
qui devraient s'y intéresser à la recherche autour du son
[Conférencier 2]
les conseils, qui suis-je pour donner des conseils, qui suis-je chacun a son train de vie
[Conférencier 2]
en particulier à lui, chacun a ses propres expériences je pense qu'il faut se faire confiance avant tout
[Conférencier 2]
sur qui l'on est et essayer de se comprendre
[Conférencier 2]
le plus vite possible pour pouvoir avoir toutes ces chances de se créer son propre
[Conférencier 2]
métier et son propre path, c'est vrai que
[Conférencier 2]
il faut se comprendre soi-même déjà dans un premier temps avant d'anticiper quoi que ce soit
[Conférencier 2]
moi j'ai eu cette chance d'être assez privilégié de plein de raisons
[Conférencier 2]
différentes, et de pouvoir m'intéresser à ces choses-là bien avant
[Conférencier 2]
d'autres gens qui passent par des phases qui sont des compréhensions de leur personne
[Conférencier 2]
donc oui je dirais comprenons-nous nous-mêmes avant de nous lancer
[Conférencier 2]
dans l'étude de choses plus complexes et je pense qu'il y a
[Conférencier 2]
un autre conseil qui est celui de qui est peut-être le plus important même
[Conférencier 2]
ce que je disais déjà tout à l'heure c'est qu'on forme pas assez les jeunes générations aux vivants
[Conférencier 2]
certes tout ça prend pas dans les livres il y a aussi beaucoup de l'expérience directe
[Conférencier 2]
qui est hyper importante l'écoute, l'écoute active
[Conférencier 2]
l'observation, essayer de comprendre les phénomènes qui nous entourent
[Conférencier 2]
genre juste passer une heure enfin une heure c'est beaucoup déjà peut-être pour certaines personnes
[Conférencier 2]
mais 20 minutes dans un endroit en forêt et de se poser les questions de
[Conférencier 2]
qu'est-ce qui m'entoure en fait, qu'est-ce qui se passe ça permettra certainement de mieux appréhender
[Conférencier 2]
les disparitions, les manques des choses qui sont pas toujours évidentes mais qui sont nécessaires
[Conférencier 2]
je trouve, en tout cas ouais à l'échelle individuelle je dirais avec des gros guillemets
[Conférencier 2]
parce que qui suis-je pour donner des conseils mais prenez le temps d'écouter, prenez le temps
[Conférencier 2]
de trouver ce qui vous fait vraiment vibrer même si ça a l'air très marginal
[Conférencier 2]
finalement ça vous correspond et essayez de garder tout ça
[Conférencier 2]
au centre de votre vie et ça vous guidera je pense vers des choses qui ont du sens
[Conférencier 2]
et vers des gens qui vous feront sens
[Conférencier 3]
merci, merci pour ces conseils et tu es parfaitement légitime
[Conférencier 3]
parce que t'as un parcours qui est unique à toi
[Conférencier 3]
mais en même temps qui pourrait justement servir d'aiguillage
[Conférencier 3]
pour d'autres personnes c'est sous ce prisme là que je voyais
[Conférencier 2]
oui c'est vrai, c'est vrai comme chacun a son propre vécu, sa propre histoire
[Conférencier 2]
aussi il faut pas essayer de l'écrire par rapport à quelqu'un, c'est surtout ça
[Conférencier 2]
que je dirais
[Conférencier 3]
tu peux pas te calquer parce que tout est différent effectivement
[Conférencier 2]
et bien nous en arrivons à la conclusion
[Conférencier 3]
de cet épisode j'ai le rire dans la voix visiblement
[Conférencier 3]
donc Thibault tu le sais dans ce podcast j'aime à dire
[Conférencier 3]
que notre existence est déjà une chance un miracle, alors pour finir
[Conférencier 3]
en quoi est-ce que tu trouves notre existence phénoménale ?
[Conférencier 2]
alors après tout ça, moi je la trouve phénoménale l'existence justement parce qu'on n'est pas
[Conférencier 2]
à grand chose au regard du référentiel
[Conférencier 2]
terrestre et même bien au-delà si on regarde vraiment à l'échelle de l'univers
[Conférencier 2]
en fait déjà on pèse pas grand chose même à l'échelle de la Terre
[Conférencier 2]
c'est dérisoire, la vie c'est des milliards d'années les dinosaures c'était il y a 230 millions d'années
[Conférencier 2]
mais on est là depuis pas si longtemps que ça au final
[Conférencier 2]
quand tu vois que ces animaux préhistoriques ont occupé quasiment la Terre pendant 100 millions d'années
[Conférencier 2]
nous on est vraiment sur des centaines, on est vraiment pas grand chose quoi
[Conférencier 2]
on est très récent dans tout ça on est arrivé un peu après une suite
[Conférencier 2]
d'évolution, de cycle de changement, de climat, d'extinction
[Conférencier 2]
toutes ces choses là, c'est pour ça que c'est assez phénoménal de nous voir arriver là à ce moment là
[Conférencier 2]
nous petits homo sapiens qui sommes au final une espèce parmi
[Conférencier 2]
toutes les autres avec qui on partage la Terre on l'oublie souvent mais on la partage
[Conférencier 2]
et en même temps dans cette toute petite fenêtre on est une espèce qui arrive à se regarder
[Conférencier 2]
à évoluer, à raconter son histoire à fabriquer des instruments, à fabriquer des micros
[Conférencier 2]
des télescopes, je pense aujourd'hui aussi au système de réseau de neurones
[Conférencier 2]
à d'autres cerveaux le fil conducteur je pense que c'est ça
[Conférencier 2]
c'est vraiment magique, c'est pour ça que c'est phénoménal c'est grâce à tout ça
[Conférencier 2]
pour moi l'existence elle est phénoménale parce qu'on est presque rien dans l'espace
[Conférencier 2]
mais qu'on est capable de comprendre un bout de ce rien et de créer
[Conférencier 2]
des choses complètement folles et d'avoir un impact sur ce qui nous entoure
[Conférencier 2]
c'est ça qui est fascinant, même si la limite est celle qu'on est mortel, fragile
[Conférencier 2]
dépendant du vivant et c'est ce contraste
[Conférencier 2]
entre petitesse qui fait que on est phénoménal, on est phénoméno
[Conférencier 3]
tu résumes bien tout le propos de mon podcast et toute mon approche
[Conférencier 3]
et toute cette philosophie que je souhaite partager d'ailleurs le mot phénomène aussi
[Conférencier 3]
a toute son importance, c'est pas n'importe quoi j'ai pas choisi ça au hasard
[Conférencier 3]
bon, pour celles et ceux qui voudraient
[Conférencier 1]
continuer à explorer avec toi, qui ne te connaissent pas encore où est-ce qu'on peut te trouver
[Conférencier 1]
qu'est-ce que tu proposes est-ce que tu vends des choses
[Conférencier 1]
ta petite promo 2026
[Conférencier 2]
la petite promo 2026 vous pouvez la retrouver sur
[Conférencier 2]
les réseaux sociaux la plupart, en tapant la science musicale
[Conférencier 2]
pour mes travaux et mon contenu autour de
[Conférencier 2]
l'enregistrement du vivant et d'autres phénomènes scientifiques
[2]
sur Eko Thib
[Conférencier 2]
qui est là pour le coup plutôt sur Instagram où c'est plus mes photos d'animaux
[Conférencier 2]
que je prends en milieu naturel et sauvage
[Conférencier 2]
et donc une autre annonce une autre exclue dans ce podcast
[Conférencier 2]
on fait que des exclus mais à partir de l'année prochaine
[Conférencier 2]
j'ouvre mon site internet pour vendre mes tirages photographiques
[Conférencier 2]
donc j'ai investi dans ma propre imprimante professionnelle
[Conférencier 2]
pour pouvoir faire mes propres tirages donc à partir du début janvier
[Conférencier 2]
ce sera tout à fait possible de commander des tirages et de choisir par exemple
[Conférencier 2]
un oiseau sur le compte, n'importe lequel
[Conférencier 2]
et faire un tirage de celui-ci un peu personnalisé, il y aura des tirages un peu plus premium
[Conférencier 2]
etc, mais en tout cas, voilà, carte postale
[Conférencier 2]
ce genre de choses des tirages photos assez chouettes
[Conférencier 2]
et peut-être avec l'album, un CD on ne sait pas l'année prochaine
[Conférencier 2]
mais en tout cas, voilà, il y aura tout ça à venir sinon, j'ai un site internet
[Conférencier 2]
mais sur lequel je montre plus mon parcours professionnel où on voit qu'est-ce que j'ai fait comme installation
[Conférencier 2]
sur quel film en réalité virtuelle j'ai travaillé il y a ma page IMDB
[Conférencier 2]
sur laquelle on voit sur quel film j'ai travaillé si ça intéresse des gens d'aller voir aussi
[Conférencier 2]
c'est une sorte de Wikipédia du cinéma
[Conférencier 2]
c'est déjà pas mal je pense donc
[Conférencier 2]
canaux de suivi voilà
[Conférencier 3]
ok, de toute façon on mettra les liens en description de l'épisode
[Conférencier 3]
tout ce qui est pertinent tout ce qui est d'actualité
[Conférencier 3]
qui peut être révélé, parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas révéler tout de suite
[Conférencier 3]
mais tout ce qui peut être révélé, ça sera partagé voilà, et bien Thibault
[Conférencier 3]
je te remercie beaucoup
[Conférencier 2]
pour tout cet échange
[Conférencier 3]
très enrichissant et très développé aussi
[Conférencier 3]
on sent la passion qu'il y a chez toi donc je te remercie pour ça
[Conférencier 3]
et puis d'avoir accepté aussi mon invitation tout en sachant que tu es très pris
[Conférencier 3]
parce que tu as 500 projets j'ai l'impression en parallèle
[Conférencier 2]
c'est compliqué
[Conférencier 3]
c'est ce que j'ai compris d'autant plus contente d'avoir eu cette primauté
[Conférencier 3]
donc j'espère que tu pourras partager cet épisode à tous ceux qui voudraient plus te connaître
[Conférencier 2]
merci à toi pour ton invitation
[Conférencier 1]
merci d'avoir voyagé avec moi dans cet épisode de Phénoménale Existence
[Conférencier 1]
si ce podcast résonne en vous abonne-toi à ma chaîne YouTube
[1]
abonnez-vous à ma chaîne Phénoménal sur Substack
[Conférencier 1]
et recevez des textes et épisodes inédits éducatifs, sonores, philosophiques
[Conférencier 1]
pour rendre à la vie son caractère phénoménal vous pouvez aussi bien sûr me soutenir
[Conférencier 1]
plus librement sur la plateforme de dons Tipeee tous les liens sont en description
[Conférencier 1]
il s'agit d'un projet indépendant né d'un élan profond
[Conférencier 1]
je propose des services parallèles et suis ouverte aux collaborations éditoriales
[Conférencier 1]
aux partenariats et sponsors sensibles aux interventions et conférences
[Conférencier 1]
dans des séjours ou événements et à toute forme de contribution
[Conférencier 1]
qui vibre juste découvrez mon univers
[Conférencier 1]
et toutes les informations en description on se retrouve très bientôt
[Conférencier 1]
pour un prochain épisode d'ici là, prenez soin [Conférencier 1]
de ce qui vous rend vivant

Toutes les photos sont la propriété de
©Margot Naturophylle
Collaborations possibles -> remplir formulaire de contact